Chaudun la montagne blessée de Luc Bronner

Dessin de livres sur des étagères

Littérature – Chaudun, la montagne blessée de Luc Bronner (2021)

EAN : 9782757890714
192 pages
Éditions Points

Couverture du récit « Chaudun, la montagne blessée » de Luc Bronner aux éditions du Seuil, avec une illustration aquarelle représentant un paysage de montagne boisé aux tons verts, bleus et ocre, avec une petite cabane blanche au premier plan.
Luc Bronner, « Chaudun, la montagne blessée », éditions du Seuil – Un récit consacré à la montagne de Chaudun dans les Hautes-Alpes, illustré d’une couverture aquarelle évoquant avec douceur un paysage alpin entre forêts, alpages et sommets rocheux.

Un récit touchant, émouvant ! Comment en est-on arrivé là ? Un village des Hautes-Alpes, difficilement accessible, abandonné, déserté par ses habitants. Comment peut-on en arriver à cette extrême décision de tous les habitants qui est de vendre le village, tout ce qu’ils ont, le peu qu’ils ont et qu’il leur reste… Vendre tout à l’État Français. Ce n’est pas de la fiction, cela c’est vraiment passé !

« Toutes les propriétés communales et privées, comprenant une superficie de 2 026 hectares, ont été vendues à l’État pour le prix de 186 000 francs environ. La commune de Chaudun comprenait 98 habitants vivant du produit de leurs pâturages ; mais depuis quelques années les montagnes déboisées avaient perdu une partie de leurs prairies où l’on faisait paître un trop grand nombre de moutons. »

Chaudun

Ce village perché à 1400 mètre d’altitude et à 19 km de Gap, difficilement accessible que par des chemins de muletier… Comment des hommes ont-ils eu un jour l’idée de s’établir en un tel lieux ? Luc Bronner, partant d’une pierre tombale restée debout dans ce village en ruine, celle de « Félicie Marin, morte le 30 avril 1877, à l’âge de 17 ans« , il va nous faire revivre les hommes de Chaudun, la dureté de leurs vies quotidiennes dans une pauvreté permanente et leurs luttes constantes pour la survie.

Après un travail d’archives, de lecture de registres, d’enquête, il reconstitue des familles entières et nous livre tout !

vie et mort

Le taux de mortalité où les enfants forment la grande majorité « Le pire ennemi parmi tous, c’est la dysenterie, la vie et la mort qui s’écoulent ensemble dans l’absolue fatalité. »
Une liste de 40 noms d’enfants décédés entre février 1878 et février 1894 c’est énorme sur un peu plus d’une centaine d’habitants au début. Si l’on ressent la pénibilité des rares propriétaires, la situation est pire pour les journaliers payés souvent moins de 4 francs par jour.
« Les Chaix dominent le village depuis cinquante ans. Leurs biens représentent près de 10 % du patrimoine total de Chaudun au moment de la vente. Plus riches que d’autres, ils peuvent acheter les prés, les labours, les bois. Attendre patiemment qu’un chef de famille décède pour proposer un rachat aux descendants quand ceux-ci sont étranglés par le manque d’argent. Employer un journalier lorsqu’il n’y a pas suffisamment de bras dans la famille pour travailler les terrains au printemps. Convaincre les veuves qu’elles font une bonne affaire en cédant un bout de terre dont elles ne peuvent plus s’occuper. C’est ainsi, et dans la lutte des places, certains ont joué fin sur des décennies. »

La condition féminine

La condition féminine aussi, « Pour gagner quelques francs supplémentaires, grâce à son lait, la jeune Pauchon devient nourrice du petit Raymond Regamey, envoyé par une femme de Marseille. »
Et la hiérarchie sociale, sexuelle et familiale de l’époque :
ARTICLE DEUX
Les journées sont évaluées comme suit
1 : journée d’homme trois francs
2 : journée de femme un franc cinquante centimes
3 : journée d’enfant un franc cinquante centimes.

L’environnement

La rudesse du climat et la courte durée d’ensoleillement ne facilite pas l’agriculture. La nécessité d’élever des animaux trop nombreux pour les surfaces d’herbage a eu raison des pâturages en les épuisant. Il va de même avec les forêts environnantes (nécessité de bois de construction de chauffage).
« Trop d’hommes et de femmes, trop de bêtes à nourrir. En trois décennies, la plupart des forêts ont disparu, ravagées par les coupes sauvages pour chauffer les foyers l’hiver et utiliser les plus beaux arbres pour entretenir les maisons. Un cercle vicieux terrible, cercle déprimant du court terme et de l’exploitation.
Pour survivre, les bergers ont accepté de prendre plus de moutons pendant l’été. (…).
 »

Conclusion

Un livre à lire absolument, un livre qui nous raconte une histoire d’antan et nous interroge sur notre présent, notre devenir.

Des photos qui ne sont pas issues du livre, juste pour vous donner une idée de l’histoire des lieux et personnes que vous découvrirez.

Vue aérienne en noir et blanc d'un village de montagne groupé dans un vallon, entouré de prairies et de versants, vers 1880.
Le village de Chaudun (Hautes-Alpes), vers 1880. On distingue le noyau villageois serré autour de son église, les toits de tuiles et de lauzes, ainsi qu’une route s’enfonçant dans la vallée.

Photographie ancienne en noir et blanc : deux adultes et un enfant debout au bord d'un chemin de village alpin, avec des maisons et un versant montagneux en arrière-plan.
Chaudun, fin du XIXͤ siècle. Une famille pose au bord du chemin principal traversant le village, devant les maisons traditionnelles.
Photographie ancienne en noir et blanc : sept enfants en habits traditionnels posent en plein air dans un cadre montagnard, avec un âne visible à l'arrière-plan.
Chaudun, Fin du XIXͤ siècle. Un groupe d’enfants du village, vêtus de leurs habits du dimanche, photographiés en plein air avec leur âne, sur fond de versants alpins.
Photographie ancienne en noir et blanc : groupe d'une quinzaine de personnes réunies en plein air autour d'une table de travail lors de la signature officielle de la vente du village de Chaudun à l'État, le 24 août 1895.
Chaudun, 24 août 1895. Signature de la vente du village et de ses terres à l’État français — première cession de ce type dans les annales de la République. On distingue au centre les officiels attablés, entourés de villageois et de témoins. (Source : ONF / Syndicat d’initiative)
Reproduction de la une du journal L'Illustration du 24 août 1895, présentant deux gravures illustrant la vente de la commune de Chaudun à l'État : à gauche, le dernier maire sous la cloche du village ; à droite, la signature des actes de vente.
« L’achat d’une commune par l’État » — Une du journal L’Illustration, 53ᵉ année, n° 2739, samedi 24 août 1895. À gauche : « Le dernier maire de Chaudun » ; à droite : « La signature des actes de vente ».
Photographie ancienne en noir et blanc montrant les ruines du village de Chaudun après son abandon : maisons démolies ou éventrées à gauche, église et maison curiale encore debout à droite, pont de pierre au premier plan, massif montagnard en arrière-plan.
Chaudun, vers 1895-1900. Le village après l’exode de ses habitants suite à la vente à l’État. Seuls l’église et le bâtiment attenant subsistent intacts, tandis que les maisons tombent en ruine. Un personnage solitaire contemple le site depuis le pont.
Photographie ancienne en noir et blanc, légendée « Hautes-Alpes — GAP. Ruines de Chaudun » : vue en plongée sur les vestiges du village de Chaudun dans son vallon, charpentes à nu et murs en ruine visibles parmi la végétation, rivière longeant le site.
« Hautes-Alpes – GAP. Ruines de Chaudun. » Vue d’ensemble du village abandonné après sa vente à l’État en 1895. Les toitures effondrées et les murs éventrés témoignent d’une dégradation progressive.
Photographie panoramique en noir et blanc de 1897 : paysage de haute montagne aride et dénudé vu depuis le col de Chabanottes, avec des versants érodés et un chemin serpentant dans le vallon.
Vue depuis le col de Chabanottes en direction de Chaudun, 1897. Le paysage, presque entièrement dépourvu de végétation arborée, illustre l’état de dégradation des terrains alpins qui motiva la politique de reboisement de l’État – raison première du rachat du village.

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3 réflexions sur « Chaudun la montagne blessée de Luc Bronner »

  1. @ Didier (iceman) : Tu as vraiment raison, j’ai un livre à compte d’auteur, donc plus publié et en espagnol, sur une ville qui retrace sur 270 pages tout l’historique d’une ville de 1599 à 1987. J’ai eu la chance de rencontrer l’auteur car en plus il a fait toute la généalogie des habitants de cette ville, un travail de fou ! Je l’ai rencontré car ma branche paternelle (patronyme) remonte dans cette ville jusqu’en 1995. Depuis, je n’ai plus de nouvelle, est-il décédé ? Toujours est-il que cette personne a fait un travail d’archive impressionnant. J’ai gardé une archive de son travail et j’en parle indirectement dans le billet :
    https://sima78.chispa.fr/index.php?…

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