Méfiez-vous des femmes qui marchent de Annabel Abbs

Méfiez-vous des femmes qui marchent de Annabel Abbs (2023) – Une ode aux marcheuses libératrices !

Traductrice : Béatrice Vierne
EAN : 9782266336727
Édition : Pocket (432 pages)

C’est la couverture et le titre qui ont d’abord attiré mon attention. Encore une fois, je dois remercier mon libraire pour cette belle découverte. Achète tes livres en librairie plutôt que sur le web, ils sont au même prix. Sympathise avec ton libraire[1].

Il existe de nombreux récits sur les hommes qui marchent : Rousseau, Thoreau, Stevenson, Giono, Tesson… mais très peu s’intéressent aux femmes qui randonnent. Il suffit de lire mon billet « Littérature – Voyages, Marches, Évasions » pour remarquer que les femmes sont minoritaires sur la liste que je propose. Annabel redonne voix à ces femmes oubliées pour qui la marche fut un désir d’affirmation de soi et d’affranchissement, une claque au patriarcat !

À travers les histoires de femmes artistes, philosophes et écrivaines (Simone de Beauvoir, Frieda von Richthofen, Gwen John, Nan Shepherd, Clara Coltman Vyvyan, Georgia O’Keeffe), qui ont osé entreprendre de longs voyages à pied, Abbs met en lumière la marche comme moyen de libération et de transformation personnelle. Avec son écriture engagée elle nous offre un regard un regard touchant sur la marche comme acte de rébellion.

Note(s)

  1. ^ Quand tu sympathises avec ton libraire, il peut non seulement mieux guider tes choix selon tes goûts, mais aussi te surprendre en t’ouvrant à d’autres styles, en t’arrachant à tes habitudes littéraires. Les librairies et leurs libraires sont précieux, chéris-les !

Un hommage aux femmes qui marchent pour se libérer

Dans Méfiez-vous des femmes qui marchent, Annabel Abbs nous offre une histoire inspirante et pleine de vie, centrée sur la quête de liberté. À travers les récits de femmes célèbres du XXe siècle, elle explore un sujet simple mais essentiel, marcher ! Mais pas de n’importe quelle manière. Marcher seule, marcher loin, marcher librement. C’est un hommage à la liberté des femmes, à la reconquête de l’espace public.

« Pendant des siècles, la mobilité a été réservée aux hommes. Les femmes étaient confinées, immobiles, casanières. Chez nous – nous disait-on – nous étions en lieu sûr. Et pourtant, pour bien des femmes, le danger était infiniment plus grand chez elle que dans les lieux sauvages. » Chap 4.

Plus qu’un roman, un récit, c’est un journal de bord, un manifeste

Annabel Abbs elle mêle intelligemment récit personnel, recherches historiques et méditations philosophiques. Elle-même marcheuse, elle suit les traces de ces femmes pionnières, marginales ou incomprises, qui ont choisi de fuir les salons, les obligations domestiques et les injonctions sociales en chaussant leurs bottes. Elle interroge le lien entre la marche et la créativité, la nature et l’indépendance.

« Quand je reviens de ma randonnée Gwen John (c’est ainsi que je l’appelle), plusieurs amies veulent savoir quel effet cela m’a fait de me retrouver toute seule pendant dix jours. Je ne me suis pas ennuyée ? Sentie seule ? Ma famille m’a-t-elle manqué ? Est-ce que j’ai dû remettre des mecs à leur place ?
Mes réponses sont d’une grande sobriété. J’ai honte de reconnaître que ma famille ne m’a pas manqué, que je ne me suis jamais ennuyée, que les agresseurs n’existaient que dans mon imagination tendancieuse. Mais j’ai surtout honte d’admettre à quel point j’ai pris plaisir à ma propre compagnie. » Annabel Abbs, parlant d’elle-même, Chap.4

Ce n’est pas un livre sur la performance mais sur le droit de marcher seule sans se soucier du regard des autres. À une époque où la femme seule dehors continue d’être jugée ou mise en danger, Abbs nous rappelle que chacun doit acquérir cette liberté et la conserver.

« En parcourant des lieux généralement réservés aux hommes, elle faisait la preuve de sa présence physique, mais aussi de son autonomie et de son énergie. » en parlant de Simone de Beauvoir. Chap. 6.

Une réflexion féministe originale et accessible

Le titre, provocateur, annonce bien la tonalité de l’ouvrage : Méfiez-vous des femmes qui marchent, car elles pensent, elles changent, elles dérangent. C’est un féminisme qui prend le large, au sens propre comme au figuré. En redonnant vie à ces femmes qui ont marché à contre-courant de leur époque, Abbs nous pousse à repenser notre rapport au monde, au corps, à la solitude et au silence.

« En faisant ses randonnées, chacune de ces femmes a découvert une nouvelle façon d’être, une manière d’exister à travers son corps, son physique, ses sens. » Chap. 8.

Ce livre est aussi un hommage à la lenteur, à la désobéissance douce, à l’intuition. Il fait du bien à l’âme. Il donne envie de se lever, de sortir, de marcher… sans but, sans montre, sans justification.

Conclusion

Méfiez-vous des femmes qui marchent est un livre qui inspire et donne de la force. Annabel Abbs redonne à la marche, ce geste apparemment anodin, toute sa charge politique et poétique. Ce n’est pas un simple récit de voyage, mais une déclaration de liberté. Avec ce livre j’ai sentiment rare d’avoir une compagne de route, invisible mais bien présente.
Un livre que j’ai vraiment adoré.

« Virginia Woolf pensait que les femmes avaient besoin d’une chambre à elles. May Sarton croyait qu’elles avaient besoin de temps à elles. Et moi ? Moi, je crois que les femmes ont besoin d’un trajet à elles. En plein air. Loin de l’enfermement bétonné de la grande ville. Entre terre et ciel. Au bord de l’eau. » Annabel Abbs. Chap. 3.

Et toi, as-tu déjà marché seule, longtemps ?

Les commentaires sont là pour partager tes impressions et/ou tes chemins de traverse.

Le billet « Méfiez-vous des femmes qui marchent de Annabel Abbs » est apparu en premier sur le blog de Sima78.

2 réflexions sur « Méfiez-vous des femmes qui marchent de Annabel Abbs »

  1. bonjour ! 🙂
    Je viens de découvrir votre billet  » Méfiez -vous des femmes qui marchent « …….
    Le titre est une invite par ces mots méfiez-vous 🙂
    Je ferai une infidélité à Sylvain Tesson et ses chemins noirs ( toujours au chaud dans mon sac à dos , livre devenu mon compagnon par monts et par vaux 🙂 pour m’en aller découvrir ce récit… féministe .;)
    Et toi , as-tu déjà marché seule et longtemps ????
    Vaste sujet …trop sans doute ..
    Pourquoi marche t’on ?
    Chaque marcheur aura à cette question , sa propre réponse , basée sur sa vie , son vécu , ses attentes , l’intelligence de vouloir aller découvrir d’autres horizons que les siens ,sortir d’un confort parfois imbécile , parfaire sa connaissance du monde qui l’entoure , c’est aussi refuser de traverser le temps s’en en connaitre ses subtilités , ses beautés , ses cultures .
    C’est aussi prendre conscience de ne pas passer à coté de sa vie ,d’en être acteur mais non pas spectateur , c’est ouvrir les yeux et les garder grand ouverts , sur ce qui nous entoure , pour se dire un jour : je n’ai pas de regrets , avoir des regrets est la pire des tortures mentales pour un être humain, marcher c’est tout cela à la fois ( mais c’est juste mon humble pensée 😉
    Pour moi , marcher est une évidence , la marche fait partie de mon équilibre, j’aime cette phrase de Sylvain Tesson :
    Marcher c’est faire un bout de chemin avec le temps , tout est dit !!!
    Pourquoi le choix d’être seule ?
    Quelle différence entre marcher seule en étant une femme ou un homme ! il n’y en a pour moi …aucune !
    Marcher seule est l’une des plus belles libertés 😉 c’est aussi s’affirmer et s’affranchir et se libérer de notre société conformiste
    Marcher c’est aussi se découvrir , se connaitre soi-même, l’amour infini que l’on peut avoir a s’immerger dans la nature , je reviens du Queyras , m’endormir en regardant les dernières vibrations de lumière sur la Taillante , les lacs Foréan/Egorgéou , contempler le Mt Blanc être englouti par la Nébia , être bercée par les sonnailles d’un troupeau de brebis entre France et Italie ….:)
    Pensées minimalistes tant le sujet est vaste mais bel exemple de discution pour des randonneurs , un soir les tentes plantées 🙂 😉
    Bonne semaine ! 🙂

  2. @Sacha : Bonjour 😉
    Merci pour ce retour touchant sur mon billet « Méfiez-vous des femmes qui marchent » j’espère qu’il plaira autant que « Les chemins noirs » bien qu’il ne soit pas dans le même style. J’ai moi-même adoré ce livre de Sylvain Tesson de résilience.

    Merci aussi pour ce témoignage que je partage et me retrouve pleinement dans tout ce qui est dit et oui, l’on peut marcher seul que l’on soit une femme ou un homme.

    Et quelle aventurière ! Enchaîner le Queyras à peine rentrée du Tour du Larzac…Bravo !

    j’attends avec impatience les photos et vidéos sur votre site.

    Bonne continuation 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *