Littérature – Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson (2016)
EAN : 9782072559440
133 pages
Édition Gallimard
Sylvain Tesson est un véritable vagabond globe-trotter, dès qu’il termine ses études il commence à parcourir le monde, à vélo, en side-car, à pied, beaucoup à pied, Il est partout, sur les plateaux du Tibet à la poursuite de la panthère des neiges et quand il se pose c’est de février à juillet 2010 dans une cabane sur la côte du lac Baïka…
Rien ne peut donc arrêter Sylvain Tesson ? Si, malheureusement, et ce sera une chute d’un toit ! (…) et moi, pris de boisson, je m’étais cassé la gueule d’un toit où je faisais le pitre.(…).
Entre la vie et la mort, et de nombreuses fractures il s’en remettra, mais pas sans séquelles (…) j’avais pris cinquante ans en huit mètres. (…). Et la rééducation post-traumatique ? (…) Un médecin m’avait dit : « L’été prochain, vous pourrez séjourner dans un centre de rééducation. » Je préférais demander aux chemins ce que les tapis roulants étaient censés me rendre : des forces. (…).
Ce sera les chemins noirs.
Les chemins noirs !
La convalescence se fera en marchant, hors des GR, des sentiers connus et en France. Une marche par les sentiers tracés en noir sur les cartes, tant que possible en dehors des agglomérations, depuis le Mercantour jusqu’aux côtes du Cotentin un peu plus de 1 400 km à pied, un périple de deux mois et demi en essayant d’échapper aux zones urbaines : (…) ne pas s’infliger les traversées périurbaines, éviter la brûlure du goudron. (…). On le suit au rythme de sa marche convalescente : bivouaque à la belle étoile, admirant les étoiles, adossé à un rocher pour lire, devant un feu de bois, sous les intempéries aussi, tout l’inspire : (…) La marche était une pêche à la ligne : les heures passaient et soudain une touche se faisait sentir, peut-être une prise ? Une pensée avait mordu ! Le soir, je m’endormais et les images de la lanterne magique défilaient derrière mes paupières. (…).
Bien entendu, comme à son habitude nous avons droit à quelques références ou allusions à des auteurs, Fabre, Giono, Pagnol, Péguy, et tant d’autres, celle à Fabre m’a fait particulièrement plaisir puisque j’envisageais écrire un billet sur ce personnage (j’ai lu « Sur les chemins noirs » en septembre 2021 alors que j’ai écrit le billet sur Jean-Henri Fabre en mars 2022). Non seulement j’aime les aventure de Sylvain Tesson, j’aime aussi sa culture.
Bref, ce livre fût un véritable coup de cœur, une envie de me remettre à la randonnée.
Ci-dessous image de la trace des chemins noirs d’après IGNrando, le lien « Sur les Chemins noirs » sur IGNrando (au moment où j’écrivais le billet ce dernier lien fonctionnait, au moment où je le publie une erreur 404, je le laisse en espérant que ce soit temporaire).
Littérature – Rêver debout de Lydie Salvayre (2O21)
EAN : 9782021477139
208 pages
Éditions seuil
Faisant fi des siècles qui ont passé Lydie Salvayre interpelle Miguel Cervantès sous forme de lettres et demande des comptes au sujet de son hidalgo, Don Quichotte, qu’il a fortement malmené et par la même occasion elle rend hommage à Don Quichote de la Mancha et Sancho Pensa. Avec sa perspicacité Lydie nous renvoie à nos propres interrogations. À travers ce couple improbable, l’hidalgo, ce personnage idéaliste, fantasque qui décide de mettre ses lectures de chevalerie en pratique pour défendre les opprimés et Sancho, plus terre à terre, matérialiste… N’y-a-t-il pas l’écho de nos propres contradictions, une sorte de bipolarité bien ancrée au plus profond de chacun d’entre nous ?
Quatre siècles nous sépare, cela a-t-il tant changé ?
Ce Roman agréable à lire est pourtant profond, déraisonnable et désinvolte, bref, puissant et beau ! Lydie met en miroir cette Espagne inquisitrice, archaïque des rois Philippe et notre société actuelle plus moderne, plus soi-disant démocratique et pourtant pas moins injuste, pas moins médiocre, pas moins violente, pas plus libre ! C’est avec beaucoup d’intelligence que la narratrice fait ce parallèle.
La censure ou l’auto-censure a-t-elle changé ? N’y a-t-il pas comme une continuité à travers les siècles passés ?
« Consolez-vous, Monsieur, la même intolérance sévit à notre époque : il est mal vu de plaisanter sur un certain nombre de sujets ; et l’on risque de ruiner sa carrière et parfois même sa vie si l’on pousse un peu loin l’esprit de raillerie. »
Une fois la colère et les réprimandes de Lydie Salvayre passées sur Cervantès elle lui livre son admiration et un véritable hommage pour la grâce et la force de son œuvre.
Un livre drôle, l’on rit beaucoup et sérieux à la fois, un livre qui donne à réfléchir sur notre présent. Un livre qui vous donne envie de lire ou relire « Don Quichotte de Manche » écrit par Miguel Cervantès. Livres que j’ai adorés !
Je vous mets plus bas deux extraits… Mais lesquels devais-je choisir ? L’on met généralement des extraits comme « apéritif » or ce roman se lit goulûment comme une gourmandise, c’est un tout et les extraits vous laisseront sur votre faim.
« Il apparaît clairement, à la lecture de cet épisode, que non seulement le Quichotte ne se réclame jamais des autorités en place pour légitimer ses actions, mais qu’il peut les pourfendre sans le moindre état d’âme s’il les estime injustes, malvenues ou horriblement barbares. C’est ce que j’exprime, peut-être de façon réductrice, en le déclarant anarchiste.
N’ayant, en tout cas, rien à perdre, aucune position à préserver coûte que coûte, aucun abri réconfortant pour y croupir en paix.
Vivant de peu.
Soucieux des autres.
Engageant une lutte sans merci contre les salauds de tout poil. »
« Cette plume incisive, cette veine mordante qui s’exprime chez vous par éclairs, m’enchante au plus haut point, cher Monsieur, tout autant que m’enchante votre très stupéfiant féminisme.
Vous avez en effet créé dans votre roman « Don Quichotte de la Manche » la figure la plus féministe qui se puisse concevoir, sous les traits de Marcelle, une jeune femme très fière, très belle, très déterminée et qui a décidé de rester, dans l’Espagne ultramisogyne des rois Philippe, maîtresse de son destin.
Une exception.
J’ai presque envie de dire : un miracle. »
Jean-Henri Fabre est non seulement un grand entomologiste, herboriste, botaniste, mais aussi un magnifique «vulgarisateur», au meilleur sens du terme. Avec lui, l’homme ne s’efface pas devant le scientifique, il est toujours présent. Il nous entraîne, tout au long des 10 volumes de ses souvenirs entomologiques, dans la passionnante découverte du monde inconnu des insectes.
Vous pouvez trouver les Ebooks facilement sur internet, ils sont tombés dans le domaine public.
N’allez pas croire que je vais vous faire ici le résumé de ses 10 volumes.
Sima, tu les as tous lu ?
Non j’en ai lu que deux et c’est volumineux, mais à la portée de tous et j’ai adoré.
Le but ici est plutôt de vous parler de la particularité et l’intérêt qu’ont ses écrits, bref mon ressenti.
Qui est Jean-Henri Fabre ?
« Un grand savant qui pense en philosophe, voit en artiste, sent et s’exprime en poète »
C’était avant tout un Naturaliste (il ne souhaitait pas qu’on l’affublât du nom d’entomologiste). Pour mieux le découvrir, je vous invite lors de vos voyages de passer par Sérignan-du-Comtat et visiter le Harmas de Jean-Henri Fabre qui dépend depuis 1922 du MNHN (Muséum National d’Histoire Naturelle). On y trouve une flore diversifiée de type plutôt méditerranéenne, des arbres également méditerranéens mais d’autres exotiques (exotique ici est l’antonyme d’indigène) et c’est dans ce jardin en friche, « Harmas » en provençal, qu’il y observait la faune et la flore, leurs développements, leurs inter-actions. Il herborisa aussi beaucoup sur les flancs du mont Ventoux, étudiait l’évolution des espèces et collectionnait tout ce qui avait un rapport à la nature et son évolution, par exemple des fossiles aussi…
Dans ma deuxième phase professionnelle j’ai dû lire des revues scientifiques et techniques, plutôt sur la botanique, parfois d’entomologie et ce ne sont pas le genre de lecture que l’on met sur notre table de chevet. Le texte va à l’essentiel sans forme de style, sans parler des livres plutôt techniques où le texte est réduit au minimum (clés d’identifications).
Exemple : j’aime lors de mes balades apporter « Nouvelle Flore : pour la détermination facile des plantes de la région parisienne » de Gaston Bonnier et Georges De Layens. Je vous dis tout de suite que si vous n’avez pas la connaissance d’un certain vocabulaire ça ne vous sera pas facile (contrairement à ce qui est dit) d’identifier des plantes et ça m’étonnerait qu’il se trouve sur votre table de chevet.
Par contre vous pouvez avoir sur votre chevet quelques volumes de « Souvenirs entomologiques« . Écrit comme une œuvre littéraire il met sa méthode scientifique à la portée de tous, ses réflexions philosophiques, des souvenirs d’enfance… Vous ne verrez plus le monde des insectes comme avant, lors de vos promenades dans la nature vous observerez les brins d’herbes, les fleurs, et des biotopes sous vos pas ou dans vos jardinières sans vous en rendre compte.
Bref, Jean-Henri Fabre nous apprend que l’on peut s’ouvrir au monde et fonder un système de pensée en regardant la nature qui nous entoure.
Extrait :
Chapitre 6
LE SPHEX À AILES JAUNES
Sous leur robuste armure, impénétrable au dard, les insectes coléoptères n’offrent au ravisseur porte-aiguillon qu’un seul point vulnérable. Ce défaut de la cuirasse est connu du meurtrier, qui plonge là son stylet empoisonné et atteint du même coup les trois centres moteurs, en choisissant les groupes Charançons et Buprestes, dont l’appareil nerveux possède un degré suffisant de centralisation. Mais que doit-il arriver lorsque la proie est un insecte non cuirassé, à peau molle, que l’hyménoptère peut poignarder ici ou là indifféremment, au hasard de la lutte, en un point quelconque du corps ? Y a-t-il encore un choix dans les coups portés ? Pareil à l’assassin qui frappe au cœur pour abréger les résistances compromettantes de sa victime, le ravisseur suit-il la tactique des Cerceris et blesse-t-il de préférence les ganglions moteurs ? Si cela est, que doit-il arriver lorsque ces ganglions sont distants entre eux, et agissent avec assez d’indépendance pour que la paralysie de l’un n’entraîne pas la paralysie des autres ? À ces questions va répondre l’histoire d’un chasseur de Grillons, le Sphex à ailes jaunes (Sphex flavipennis).
C’est vers la fin du mois de juillet que le Sphex à ailes jaunes déchire le cocon qui l’a protégé jusqu’ici et s’envole de son berceau souterrain. Pendant tout le mois d’août, on le voit communément voltiger, à la recherche de quelque gouttelette mielleuse, autour des têtes épineuses du chardon-roland, la plus commune des plantes robustes qui bravent impunément les feux caniculaires de ce mois.
Après la lecture de ce livre vous ne verrez plus les petits villages de montagne comme avant. Un livre qui inspire à l’observation, à l’exploration.
Connaissez-vous Aulus (Aulus-les-bains) ? Ce lieu qui eût sa période de gloire, Zoé Cosson, dans ce premier roman nous fait découvrir tel qu’il est actuellement. Dès les premières lignes, le ton est donné dans la préface :
(…) On ne passe pas à Aulus, on s’y rend.
Mon père a acheté là-bas un ancien hôtel aux chambres vides, en train de dépérir au milieu des montagnes. (…)
On ne peut pas saisir Aulus d’un seul regard, on le découvre dans l’effort de la marche, à l’échelle du corps, par bribes, et il faut ensuite recoller mentalement ces morceaux pour s’en fabriquer une image.Ce livre est le portrait rapiécé de ce lieu sans contour, un espace fait de calques, une sorte de cartographie qui n’élucide rien. (…)
Zoé ne nous délivre pas un récit, un conte… Non, elle nous balade ! Nous promène à la découverte des maisons, des commerces, du village (son histoire aussi), nous y croisons des habitants, y découvrons des paysages, son ambiance, son climat, le milieu de la montagne Pyrénéenne (J’apprends le jour qui ne décline pas mais tombe d’un coup comme un rideau de théâtre.. ).
Dans ce roman y transparaît l’apaisement et la sérénité. Que du bonheur !
Extrait du quatrième de couverture : (…) Depuis son enfance, la narratrice y vient chaque année. Elle réside dans l’hôtel désaffecté que son père a acheté un jour aux enchères, point de départ de ses randonnées. (…).
En fin de lecture, l’on a qu’une envie, partir en randonnée découvrir ce petit coin d’Ariège.
On peut le dire, j’ai commencé l’année 2022 par un gros coup coeur littéraire !
Il s’agit là de la première édition française (2004), il a été réédité en 2016 avec moins de pages, je pense donc avec une écriture plus fine, je n’imagine pas que l’on puisse enlever une phrase, un mot de cette oeuvre. Il a été également réédité en version poche.
On me l’a offert début décembre et quel magnifique cadeau ! J’avais des lectures à terminer mais dès que je l’ai ouvert début janvier et commencer à lire, je ne pouvais plus le lâcher.
Dès les premières pages on est embarqué. Pourtant le sujet n’est pas léger, loin s’en faut.
L’histoire s’inscrit dans la fin de la 2ᵉ guerre mondiale entre Paris et principalement Barcelone.
Daniel Sempere à peine âgé de 10 ans vient de perdre sa mère. Son père, libraire, l’emmène au « Cimetière des livres oubliés » un lieu secret pour y choisir un livre qu’il devra conserver toute sa vie. Daniel en ressort avec un livre choisi au hasard, « L’ombre du vent » écrit par un certain auteur méconnu Julián Carax. Passionné par ce livre qu’il lit en une nuit le marquera à vie. Il décide donc d’en apprendre plus sur cet écrivain inconnu, il apprendra qu’il est originaire de Barcelone, qu’il est allé à Paris où il a écrit ses romans, l’Ombre de vent étant le dernier, qu’il est mort lors d’un duel, mais peut-être pas, serait revenu à Barcelone où il fût reconnu mort. Est-il mort (Paris, Barcelone?), disparu… Ce livre d’un auteur méconnu semble intéresser beaucoup de personnes, il y a même un être mystérieux qui s’acharne à acheter ou voler toutes les œuvres de Julián Carax pour les brûler, s’agit-il d’autodafés ? Daniel que l’on suit de ses 10 ans jusqu’à l’âge adulte se lance dans une quête aussi passionnante que dangereuse… Et cette quête devient la nôtre !
Des personnages attachants : Daniel le narrateur ; Beatriz, son amour, jeune femme à la fois fragile et décidée ; le père de Daniel effacé et mélancolique qui adore son fils ; Fermín, ancien SDF désormais employé de la librairie et personnage haut en couleurs ; la mystérieuse Nuria Montfort dont son récit sur plusieurs pages m’a particulièrement touché ; celui qui ne connaît que la haine, le cruel Fumero ; Julián Carax, l’ombre de ce roman, si charismatique que l’on a envie de lire ses autres livres fictifs… et d’autres personnages tous plus ou moins cabossés par la vie.
Ce roman est merveilleusement bien écrit ! Dirigé par mains de maître d’un dosage bien proportionné de ce que doit fournir un roman et on se laisse porter par la mélodie des mots, cela jusqu’à la fin où tout se clôt (ce qui est rare, bien savoir terminer un excellent roman).
Une écriture qui à beaucoup de souffle !
En plus d’être prenant et émouvant, il est aussi parfois très drôle, avec des répliques hilarantes.
Bref ! Un livre fabuleux dont l’intrigue est captivante de bout en bout.
Suite à ce livre, deux autres ont suivi « Le jeu de l’ange » et « Le prisonnier du ciel » ce qui en fait une trilogie. Ayant trouvé ce premier livre captivant de la première à la dernière phrase j’ai du mal à imaginer ce que l’on peut y apporter de plus. Ces deux autres livres sont-ils d’une commande de l’éditeur liée au succès du premier livre ? Toujours est-il que je n’ai pas, pour l’instant, la curiosité de lire les autres, je souhaite vraiment rester sur cette excellente impression.
EAN : 9782226465382
180 pages
Éditeur : Albin Michel
Dans ce roman, Amélie Nothomb nous fait la biographie de son père, du moins d’une partie de la vie de son père récemment décédé.
Cela commence par le traditionnel « flash back » où nous le découvrons à l’âge de 6 ans, orphelin de père sans pour autant susciter l’intérêt de sa mère, choyé par ses grands-parents maternels, son grand-père décide pour l’endurcir de l’envoyer durant les congés d’été dans la tribu des Nothomb.
Et c’est bien d’une étrange tribu dont il s’agit son grand-père paternel, imbu de sa personne et persuadé d’être un grand poète laisse les enfants abandonnés à leurs sorts ; mal nourris, les laissant quasiment mourir de faim, mal vêtu, mal chauffé. Ses cousins et cousines se comportent comme de vrais sauvages et pillent ses bagages dès son arrivée. Patrick, malgré ces conditions infernales et mal adapté à ce mode vie va pourtant finir par l’aimer et demander à y retourner aux prochaines vacances de Noël où il aura pour cadeau les œuvres de Rimbaud malgré son jeune âge.
Quelques étapes sont vite balayées, celle où il est jeune adulte et présente son épouse aux Nothomb, puis jeune papa et enfin quand il est envoyé Congo comme tout jeune diplomate. Amélie nous emmène dans la partie tragique du récit.
À peine arrivé et nommé consul à Stanleyville (actuel Kisangani), en pleine période de rébellion il est pris en otage. La ville est transformée en camp de rebelles dirigés par l’auto-proclamé Président Gbenye, ville où toute la population est prise en otage.
Patrick, par ses compétences d’ouverture à la discussion, par des jeux de palabres parvient à sauver sa vie et quelques exécutions. Lui que son handicap interdit toute vue du sang qui le fait s’évanouir, il sera parfois le témoin impuissant d’exécutions. Il sera lui-même finalement conduit pour son exécution, il sera épargné in extremis par Gbenve juste avant l’intervention des parachutistes belges le 24 novembre 1964.
Dans cette courte biographie on y retrouve tout le style d’Amélie Nothomb, le parfait équilibre entre le tragique les pointes d’humour et la touche de légèreté.
Les aventures de Sima – la joie de donner goût à la lecture
Houlà, mais mon prochain billet ne devait sortir que mercredi prochain, tant-pis, c’est Noël et je suis content!
Le lendemain de Noël je reçois un coup de fil et…
– Non mais là, Sima, reprend tout depuis le début, sinon personne ne va rien comprendre !
– Ok, je fais donc un « flash-back »
Retour en arrière…
Pour les vacances de cet été nous n’avions pas fait de réservation, l’incertitude à la situation sanitaire, frontières fermées ou pas, bref nous n’avions rien prévu.
finalement les frontières sont ouvertes, juste besoin du pass sanitaire, mais pas de location, pas d’anticipation, rien de prévu.
C’est alors qu’une amie bolivienne m’appelle et me dit :
Sima, je pars pendant cinq semaines en Bolivie avec mes filles, mon appartement est grand et vide, si tu veux tu peux y venir, il y aura juste ma sœur deux jours par semaine qui occupera ma chambre, mais il reste suffisamment de place pour vous, il reste trois chambres de libres.
D’accord, mais est-ce vraiment possible ? Car si nous venons il y aura Ricky avec nous ?
Ouvrons une parenthèse ici : Ricky est notre chat et notre amie a une véritable phobie des chats, s’il y a un chat sur le trottoir elle en change pour ne pas le croiser.
Alors je reprécise :
Es-tu vraiment certaine ? Même avec Ricky?
Oui, l’an passé lorsque nous avions déjeuner ensemble à ta location, c’était la première fois que j’approchais de si près un chat et je l’ai même caressé un peu. Ricky fait partie de vous et il est aussi le bienvenu.
Bref, nous avons passé d’excellentes vacances, et avant de partir je suis passé dans une librairie pour lui acheter un livre que j’ai emballé dans du papier cadeaux et posé en bonne position bien visible sur l’un des meubles du salon.
Il s’agissait de « Neko Café » de Anna Sólyom la traduction française est « Derrière la porte du café des chats ». Je ne vous fais pas le résumé du livre, ce n’est pas le sujet et Iceman l’a très bien fait dans « Littérature – Derrière la porte du café des chats d’Anna Sólyom (2020)«
Donc quelques mois ont passé et nous en étions donc là quand le lendemain de Noël je reçois un coup de fil :
Salut Sima, meilleurs vœux et patati et patata… (Je ne vais tout de même pas vous retransmettre toute notre discussion mais juste ce qui est lié au titre du billet). Tu sais Sima, je ne lis jamais, pourtant mes sœurs et mon père lisent beaucoup, mais moi jamais et lorsque j’ai découvert ton livre, dans un premier temps je me suis dis que je ne le lirais pas… Puis j’ai lu et relu la carte que tu m’avais glissé dans le livre et qui disait « Tu as caressé Ricky il s’est laissé faire, un contact s’est lié, ce livre peut-être te réconciliera-t-il avec les autres chats et qui sait ? Peut-être en adopteras-tu un ? Bonne lecture ! ». J’ai donc commencé la lecture sans pouvoir m’arrêter jusqu’à la fin, moi qui ne lis jamais et j’ai adoré l’histoire. Cela m’a donné envie de lire d’autres livres et me suis inscrite à la bibliothèque où j’ai emprunté des livres. Si tu as des suggestions, je suis preneuse !
Je lui ai suggéré « Ha llegado el momento de volver a encender las estrellas » qui est la traduction en espagnole de « Il est grand temps de rallumer les étoiles » de Virginie Grimaldi.
Oui aussi un livre léger, facile à lire, plaisant, une histoire à trois voix, celle de la mère et de ses deux filles…
Méfiez-vous des livres que l’on dit léger, il faut savoir y découvrir la profondeur.
Soit, sa phobie des chats n’est pas totalement résorbée (sauf avec Ricky, bon je me la pète, il est adorable comme son maître, bon il a détruit toute la déco du sapin de Noël qu’il a aussi fait tomber, mais son maître à fait des conneries un peu plus grave dans sa jeunesse, il faut que jeunesse se fasse) alors ce qu’elle m’a dit par téléphone et lui avoir donné goût à la lecture est l’un de mes beaux cadeaux de ce Noël.
Oui des livres, ceux lus depuis septembre 2021, car mon dernier billet parlait de « La grande aventure du sexe » que j’ai lu il a déjà un certain temps, lors de sa publication.
Mon avant-dernier billet dédié littérature parlait de « Antoine des Gommiers » lu fin août…
Pourtant depuis, j’ai lu.
La lecture est ma principale passion, je pourrais me passer de ce blog, d’ordinateur, de smartphone, mais pas de livre.
J’adore les livres, pourquoi j’en parle si peu ?
Principales raisons :
Lorsque je termine un livre, j’ai hâte de passer à un autre puis le temps passe et c’est à chaud que je devrais en parler.
Je vais donc essayer de faire un condensé de ce que j’ai lu, du moins de ceux qui m’ont marqué en septembre et octobre, ceux dont j’ai eu un coup de cœur.
Rire enchaînés de Thierry Beauchamp
couverture livre rire enchaîné
Une anthologie de l’humour des esclaves noirs américains… Car lorsque tout semble perdu, que l’on est expatrié, exploité, déshumanisé… il ne reste que l’humour pour survivre. Se moquer des blancs exploitants, de soi… Oui, même l’autodérision fonctionne. Des blagues, des contes, galéjades contés de bouches à oreilles, sources du répertoire du blues et transcrites dans ce petit livre.
Le blasphémateur et autres d’Isaac Bashevis Singer
Couverture livre Blasphémateur
Oui, c’est une lecture affriolante, digne des nouvelles d’Issac Bashevis Singer. Ne sommes-nous pas tous des blasphémateurs ? Le blasphème n’est-il pas libérateur ? De quoi se sentir libre après cette petite série de nouvelles. « Il savait que c’était un blasphème, qu’il souillait des instruments consacrés, qu’il était fou, mais il ne désirait plus être raisonnable.«
Combats et métamorphoses d’une femme d’Édouard Louis
Couverture Combats et métamorphoses d’une femme
Dans un roman biographique Édouard nous raconte l’histoire de sa mère. Sa mère ? Non pas seulement, avec son style d’écriture directe, sans fioriture à travers son histoire, celle de sa mère, c’est celle de la condition féminine actuelle qu’il met en exergue à l’heure où nous parlons d’égalité des sexes. L’émancipation de cette femme, cette mère, n’aurait-elle pas aussi été influencée par la réussite de son fils, homosexuel ? Rien ne le dit, mais on ne peut s’empêcher de le penser.
En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis
Couverture En finir avec Eddy Bellegueule
Oui je l’ai dit son style est implacable et spasmodique. Un roman dur, violent… «Faut les pendre ces sales pédés, ou leur enfoncer une barre de fer dans le cul.». Son enfance dans un cadre très démuni… Mère soumise, père (beau père) alcoolique qui bas sa femme, la fratrie pas bien parti et un enfant, lui, pas né comme il faudrait « un mec, un vrai mec !« . Si l’on ressent peu à peu une acceptation très timide de ses parents il y a toute la violence homophobie de ceux qui sont de son âge, ceux qui devraient être ses amis.
Édouard Louis, un auteur que j’ai découvert par ces deux livres et que je vais continuer de découvrir.
Imagine le reste de Hervé Commère
couverture – Imagine le reste
Ça commence par l’histoire de deux jeunes, deux amis, qui tentent de s’en sortir par de petits coups, petits trafics, vol à la tire, transport de substances illicites… Jusqu’au jour où ils décident de voler le Caïd ! À partir de là Hervé Commère nous embarque à travers les chapitres dans une succession de situations à suspense inattendue… Que dire de plus d’un Polar ? Ça se dénoue qu’à la lecture.
Voilà les livres que j’ai lus et vraiment aimé ces deux derniers mois, désolé de vous les résumer très sommairement, ils méritent bien plus, j’en suis conscient. Je ne dis rien de ceux que je n’ai pas aimé.
Hou-là, avec un titre comme ça je vais booster mon référencement, ou, avec la censure me faire blacklister des moteurs…
Ceux qui passent de temps en temps par ici ont remarqué le changement, je parle de moins en moins ligne de commande, script, etc., mais dans ce billet nous allons rester dans la thématique des bit »e »s, avec un « e ».
La grande aventure du sexe (2017).
De Léo et Colas Grasset « Dirtybiology »
Octopus – éditions delcourt
184 pages
ISBN : 978-2-7560-9086-3
Il ne s’agit pas d’une bande dessinée dite « pour adulte », pas d’érotisme, pas de porno.
Hoo nooonn Sima, tu gâches tout, tu nous déçois…
Il s’agit d’une bande dessinée scientifique, pédagogique, remplie d’humour.
Le quatrième de couverture
Qu’est-ce que le sexe ? Est-ce que ça a toujours existé ? À quoi ça sert ? Pourquoi y a-t-il des vagins et des pénis ?
Des rites amoureux les plus improbables à l’invention des mâles et des femelles, en passant par le pseudo-sexe des bactéries et la reproduction des champignons : vous ne verrez plus le monde vivant du même œil.
Une BD de divulgation scientifique.
La thématique est plus sur les différents modes de reproduction que de sexe en soi. Des sujets qui semblent complexes y sont abordés en toute simplicité et humour à travers plusieurs planches.
La génétique y est donc abordée ainsi que les nucléotides puis s’enchaîne sur la diversité des modes de reproductions.
Ceux qui ont fait de l’élevage de phasmes ont pu constater que lorsque la femelle n’est pas fécondée elle donnera une descendance de femelles (parthénogenèse thélytoque), ce que l’on sait moins c’est que chez l’abeille les ovules non fécondés donneront des mâles (autre forme de parthénogenèse).
Vous saurez tout ou presque les modes de reproductions très variés voire parfois étranges sur notre planète, dans le monde animal, des petites bêtes, des crustacés, mollusques, certains poissons changeant de sexe tout au long de leur vie (de femelle à mâle et inversement), le monde végétal, champignons, les larves telles que le Diplozoon et le Schistosoma… La liste n’est pas exhaustive.
Bref, une bande dessinée diffusant des connaissances et plein d’humour.
J’ai A-DO-RÉ !
Extrait 1 – La grande aventure du sexeExtrait 2 – La grande aventure du sexe
J’ai découvert et donc acheté ce livre peu de temps après sa parution suite à une interview de Léo et Colas Grasset sur France Culture. Léo et Colas ont aussi une chaîne YouTube sous le nom de Dirtybiology
Actes Sud – janvier-2021
208 pages
ISBN : 978-2-330-14466-1
Un livre que l’on m’a conseillé. Je l’ai pris sans conviction, les arguments me laissaient perplexe, j’imaginais une sorte de biographie et ce n’est pas trop ma tasse de thé.
Et pourtant, ce fût une véritable surprise, il s’agit bel et bien d’un roman, riche en couleur, très bien écrit. Lyonel Trouillot à la merveilleuse idée d’alterner entre deux écritures.
Bien plus qu’une biographie d’Antoine Des Gommiers, c’est l’histoire d’une famille, d’une fratrie, d’amitiés, l’histoire d’un quartier de Port-au-Prince, un bidonville, ce que l’on appelle au Brésil « Favela » ici nommé « le Corridor ».
Qui est Antoine des Gommiers ?
Personnage légendaire, Devin et illustre Hougan, on vient de tous les lieux du pays pour le consulter, et même de plus loin, de pays étrangers. Avisé et écouté, Il reçoit indifféremment, mendiants, bourgeois de la Capitale, politiques, quelle que soit la couleur de peau. Sa légende est-elle surfaite ? Et qui peut tenter de restituer sa mémoire si ce n’est sa descendance ?
La descendance.
Franky et Ti Tony. Ils sont les fils de Hortensia, elle-même fille de Hortense (nièce d’Antoine des Gommiers). Hortense (décédée également) avait raconté toutes les anecdotes à sa fille Hortensia qui elle-même, la tête pleine d’anecdotes magiques, de souvenirs merveilleux se raccroche à ces échos d’un passé glorieux. Elle ne voit que par Antoine des Gommiers et l’interprétation de ses propres rêves qu’elle interprète dans l’espoir de gagner à la « borlette » (loterie) et sortir de sa condition. Ses deux fils sont bercés aux récits des exploits d’Antoine de Gommiers, bercé est ici une expression car Hortensia aux jambes frêles mais à la main leste distribue les claques, surtout sur Ti Tony, Franky étant son favori.
Au centre du récit, une fratrie.
Deux frères qui n’ont jamais connu leur père, qui se ressemble tant que l’on pourrait les confondre, mais la ressemblance s’arrête là, l’un rêveur, studieux, maladroit et asthmatique (qui deviendra paraplégique suite à chute depuis un toit), décide d’écrire les mémoires d’Antoine des Gommiers, l’autre, Ti Tony, plus terre à terre, débrouillard, magouilleur et entièrement adapté à l’atmosphère du Corridor. Différents et pourtant d’une complicité et d’une solidarité infaillible. Lors du décès de Hortensia – Il ne reste que nous deux !
Un livre écrit à deux voix, celle de Franky, racontant les exploits et anecdotes d’Antoine des Gommiers, parfois d’une écriture « ampoulée » dira un premier lecteur. L’autre voix, celle de Ti tony écrite de phrases courtes, sèches, pour décrire ce qu’il pense de la vision idéaliste d’Antoine des gommiers qu’en fait Franky, des phrases courtes et sèches pour nous dépeindre son environnement, celui du Corridor « pour durer le temps d’une jeunesse, il faut naître gangster ou pute« , une vie dur ou l’espoir n’a que très peu de place ou que le temps du tirage à la loterie, où jamais personne ne gagne avant de retourner à leur quotidien où « lorsque l’errance et la violence se querellent pour un bout de nuit, c’est toujours la violence qui gagne« .