Catastrophe écologique et agricole du Dust Bowl – Docu Arte

Dust Bowl – Documentaire Arte

Dust Bowl est un excellent documentaire diffusé sur la chaîne TV Arte en quatre épisodes sous le titre « De la poussière et des hommes » : 1- Le grand labour, 2- Mordre la poussière, 3- La moisson du vent, 4- Les increvables.

Le documentaire est très bien et si je ne devais dire qu’une chose, ce serait : regardez-le !

Je ne pouvais m’empêcher d’en faire un billet, vous expliquer ce qu’est le Dust Bowl avec des infos de mon modeste cru, d’autres piochées dans le docu et ailleurs.

Dust Bowl que l’on peut traduire par « bassin de poussière » ou « désert de poussière » signifie également « tempête de poussière » est l’une des plus grandes catastrophes écologiques créée par l’homme aux États-Unis.

Cette émission m’a bouleversée et fait écho à l’une de mes dernières lectures « Chaudun, la montagne blessée » de Luc Bronner.
Chaudun c’est fin des années mille huit cents dans une commune dont des dizaines d’hectares impactés, Dust Bowl début 1930… Plusieurs États et des milliers d’hectares impactés.

La richesse des grandes plaines d’Amérique du Nord.

Ces plaines s’étendent du Canada à la frontière du Mexique (Great Plains), c’est aussi là, entre autres, où avant l’arrivée des Européens, des bisons par milliers migraient entre Nord et Sud en fonction des saisons.

Mon côté bota :
Ces plaines étaient recouvertes en partie d’une herbe appelée « Bouteloua dactyloides ». Il s’agit d’une graminée, résistante à la sécheresse, avec des racines traçantes comme le chiendent et d’autres pouvant descendre à plus d’un mètre de profondeur. En plus de son effet régulateur sur le climat… Froid et neige en hiver, pluies printanières et automnales et résistante aux grandes chaleurs l’été, la végétation est là, adaptée, et régulateur d’un climat continental, la terre est riche avec une humidité maintenue grâce à son système racinaire et sa couverture des sols.

Carte satellite de l'Amérique du Nord mettant en évidence la région des Grandes Plaines (Great Plains), vaste zone semi-aride s'étendant du Canada au Texas entre les Rocheuses et le Mississippi, avec les frontières des États américains et canadiens.
Les Great Plains (Grandes Plaines), délimitées en blanc sur cette image satellite, s’étendent sur près de 3 200 km du nord au sud, couvrant parties du Canada, du Montana, des Dakotas, du Nebraska, du Kansas, de l’Oklahoma et du Texas. C’est au cœur de cette région que se produisit le Dust Bowl (1930–1936), catastrophe écologique et agricole majeure du XXᵉ siècle.

Hé Sima, mais ça se passe où exactement, parce que c’est grand Great Plains ?
J’y viens !

Où se situe le plus gros de la catastrophe ?

Dans le sud des Grandes plaines… Dans le Sud-Est du Colorado, le Sud Ouest Kansas, l’Est du Nouveau-Mexique, Nord du Texas, l’Ouest d’Oklahoma. On considère que le cœur du phénomène  se situe aux alentours de Boise City (qui vient du français cité de bois ? Étonnant, non ? Y avait-il une forêt, un bosquet?) au Nord-Ouest du Oklahoma.

Carte routière OpenStreetMap du Panhandle de l'Oklahoma et du nord du Texas, montrant les villes de Boise City, Guymon, Dalhart, Perryton et la région de la Rita Blanca National Grassland, cœur historique du Dust Bowl.
Carte de l’épicentre du Dust Bowl : le Panhandle de l’Oklahoma (avec Boise City et Guymon), le nord du Texas (Dalhart, Dumas, Perryton) et le sud du Kansas (Liberal). On y distingue également la Rita Blanca National Grassland, créée précisément après la catastrophe pour restaurer les terres dévastées par l’érosion éolienne.

Donc une catastrophe bien étendue… Il faut savoir que les plaines plus au nord souffrent aussi de sécheresse sans le Dust Bowl, les tempête de sables.

Carte thématique par comtés des États du Colorado, Kansas, Oklahoma, Texas et Nouveau-Mexique, représentant les zones d'érosion éolienne sévère et très sévère durant le Dust Bowl entre 1935 et 1938, avec deux ellipses rouges délimitant les épicentres.
Source : U.S. Dept. of Agriculture – Soil Conservation Service, carte n°2579 (mars 1954), rééditée par le Natural Resources Conservation Service (NRCS, janvier 2012). Les teintes brun-rouge indiquent l’intensité croissante de l’érosion, du rose pâle (érosion sévère 1935-36) au brun foncé (érosion la plus sévère 1935-38). Les deux cercles pointillés et pleins matérialisent les zones d’érosion maximale en 1935-36 et 1938.

Se faire du blé, quoi qu’il en coûte !

C’est la période faste, les migrants arrivent, pas les plus riches, les terres sont à s’approprier, à travailler… Le blé y pousse bien et lors de la première guerre mondiale le prix de blé monte, un début de prospérité, d’autres migrants arrivent. Ils font des crédits pour acheter des machines agricoles plus performantes. L’agriculture intensifie dans les années 20, des « cols-blancs » y prospèrent, achètent et y placent des métayers. Le prix du blé monte !

Lors du Krach d’octobre 1929 le pris du blé est même au plus haut et c’est l’année la plus faste !
1930, La Grande Dépression touche aussi les agriculteurs des grandes plaines. Le prix du blé chute. Pour gagner au moins autant il faut cultiver plus de terre et quand le prix montera, ce sera le Jack-pot !

1930, le début de la cata !

Le prix du blé qui était à 65 $ la tonne en 1929 chute aux alentours de 25 $ la tonne en 1930 (descendra aux alentours de 9 $ la tonne dans la période la plus critique de la Grande Dépression), mais il reste des terrains à cultiver.
Sauf qu’en 1930 arrive une grande sécheresse (50 mm d’eau sur l’année) et les tempêtes de sables vont se multiplier. Tempêtes dues aux cultures intensives, l’assèchement et l’érosion des terres…

Cela va durer des années ! Poussant certains à migrer principalement vers la Californie où ils seront mal accueillis (Les noirs et okies [c’est comme ça qu’on appelle ces migrants] au balcon, dans les cinémas), (Okies, rentrez chez-vous!). D’autres s’accrocheront à leur lopin de terre dans une misère aussi noire que les nuages de poussières, se disant que ce sera mieux l’an prochain.
Les tempêtes de sable se multiplient, plusieurs par mois, il peut faire nuit à midi. Cela entraîne des maladies pulmonaires tuant les plus âgés et les enfants.

Comme une catastrophe ne vient jamais seul, il y a aussi les invasions de lièvres qui mangent ce qu’il reste (il faut rappeler que les agrigulteurs avaient exterminer les coyotes, prédateur naturel). Qui dit très chaud, très sec… dit également invasion de criquets.

Une catastrophe !

L’effet Chaudun.

L’État américain, sous Franklin Delano Roosevelt, impose des nouveaux modes de cultures, rachète de nombreuses terres pour en faire une zone naturelle protéger. La pluie et la neige revient, les terres sont de nouveau fertiles… Les tempêtes de sable n’ont pas disparu mais sont plus espacées.

Ouf Sima, tu nous rassures, alors c’est sauvé ?
Bah non ! J’aurais aimé terminer par une touche optimiste…

Des terres de nouveau fertiles, mais…

Oui les terres sont fertiles et en plus du blé on y produit aussi énormément de maïs à fourrage plus gourmand en eau.
Le maïs à fourrage ne sert pas à l’alimentation humaine mais à l’élevage intensif, essentiellement les bovins que l’ont nourri comme des poules, aux grains, de quoi se poser la question sur notre propre consommation de viande, son élevage, sa provenance…

Bref, ces terres rapportent !

Sima, il s’agit donc le produit d’un écosystème recouvré ?
Non !

Une telle production est du fait que les agriculteurs ont appris que sous terre, sous ces plaines se trouve la plus grande nappe phréatique de l’Amérique du Nord et qui date de l’ère glaciaire.
Ils y puisent tous, tout de go ! Du fric, tant qu’on peut en avoir, tout de suite ! Et demain ?
Certains disent que dans moins de vingt ans la nappe sera épuisée.

Et demain ?

Photographie en sépia d'un gigantesque mur de poussière (black blizzard) s'abattant sur un hameau de maisons blanches en bois dans les Grandes Plaines américaines, vers 1935. Une silhouette humaine se distingue à droite, devant une ferme.
Stratford, Texas, 18 avril 1935. Un immense nuage de poussière, haut de plusieurs centaines de mètres, déferle sur ce village du Panhandle texan. Cette photographie, l’une des plus emblématiques du Dust Bowl, est conservée par la NOAA et versée dans le domaine public. Source : Wikimedia Commons.
Photographie en noir et blanc d'un immense nuage de poussière obscurcissant le ciel au-dessus d'une route de terre rectiligne des Grandes Plaines, avec une automobile tentant de fuir la tempête, années 1930.
Grandes Plaines américaines, années 1930. Une automobile solitaire tente d’échapper à un black blizzard sur une route de terre bordée de clôtures en fil barbelé. L’obscurité quasi totale engendrée par le nuage de poussière transformait le jour en nuit en quelques minutes. Source : Wikimedia Commons, domaine public.
Photographie en noir et blanc d'une ferme abandonnée des Grandes Plaines, avec du matériel agricole — charrues, roues de chariots — à moitié enfoui sous des dunes de poussière et de sable, une grange en arrière-plan, sous un ciel menaçant, années 1930.
Dakota du Sud, 1936. Une exploitation agricole désertée, ses outils et machines ensevelis sous les dépôts de poussière accumulés par les tempêtes répétées. Photo attribuée au Farm Security Administration (FSA). Source : Wikimedia Commons, domaine public.
Photographie en sépia d'un homme courbé contre le vent et deux enfants se réfugiant contre une cabane en bois délabrée, battue par une tempête de poussière dans un paysage totalement désertique, Oklahoma, 1936.
Cimarron County, Oklahoma, 1936. Un agriculteur et ses deux fils luttent contre une tempête de poussière pour rejoindre l’abri précaire de leur cabane en planches. Photographie d’Arthur Rothstein pour la Farm Security Administration (FSA). Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Toutes les images sont issues de wikipédia et wikimédia sauf l’image « Boise City » qui est une prise d’écran de « OpenStreetMap« .

Le billet Humeur – Dust Bowl – Docu Arte est apparu en premier sur le blog Sima78.