À la recherche du triton perdu

Aventure de Sima78 – À la recherche du triton perdu

J’aurai pu mettre ce billet dans la catégorie « Rando » puisque c’est lors de mes randonnées, mais je l’a met dans la catégorie « Humeur » puisqu’il s’agit de choses qui m’ont perturbée.

Bah Sima, alors pourquoi dans cette catégorie ?
J’y réponds…

Sur le réseau Fediverse l’une des personnes que je suis et qui semble avoir eu une enfance similaire à la mienne, en contact avec la nature me dit : on a vécu un morceau de vie assez proche… En revanche si tu me dis que tu trouves encore des tritons, je fais ma valise et je reviens au bled !

Dans sa banlieue sud (si je ne me trompe pas) moi banlieue Ouest… Dans tous les cas il y avait des tritons ! Sont-ils toujours là ? Je vais régulièrement marcher dans cette forêt et je l’ai pris comme un défi, donc une aventure… Bon ok, pas à l’Indiana Jones, mais aventure quand même.

Les tritons.

Il y avait trois lieux (sites) où il avait des tritons, plein de tritons très diverses, des tritons crêtés (Triturus cristatus), des tritons ponctués (Lissotriton vulgaris) et le plus courant, celui que je préférais par son ventre orangé et sa queue très colorée, le triton alpestre (Ichthyosaura alpestris).

Petit Flash-Back

Enfant j’étais tellement fan de ces amphibiens que j’en avais ramené un bocal plein (femelles et mâles) que j’ai déversé dans la baignoire à moitié pleine.

Ma mère qui rentre du travail : Mais c’est quoi ça ? Comment on se lave ?
Moi : T’inquiète pas, c’est juste pour ce soir, demain un copain me donne un aquarium ils iront dedans.
Mon père qui oscille la tête de droite à gauche : Pourquoi tu ne les as pas laissés là où ils vivent ? Qu’est que tu comptes faire avec eux ?
Moi : Je vais faire un élevage et quand il y aura des petits je les relâcherai dans des mares…

Le lendemain la baignoire était vide, les tritons ont comme des ventouses sous les pattes qui leur permettent de grimper des parois lisses. On les a retrouvés peu à peu éparpillés dans la maison, ils étaient morts et secs. Je m’en suis voulu, je ne leur voulais aucun mal.

Mon père : Les animaux, il faut prendre plaisir à les regarder là où ils vivent naturellement, ne pas les enfermer.

J’ai continué à prendre plaisir à les attraper, les tenir quelque instant dans ma main puis les relâcher pour les regarder s’enfouir sous la vase pour que je ne les rattrape pas, pas tout de suite.

Bon d’accord Sima, c’est bien beau de ragoter… Et ton défi triton ?
J’y viens !

Étape 1

Allée forestière large et dégagée tapissée de feuilles mortes brunes et dorées, bordée de grands feuillus aux troncs élancés dans une forêt des Yvelines en automne
Une allée forestière des Yvelines en automne, où le tapis de feuilles mortes et la lumière douce filtrant entre les cimes invitent à la promenade et à la contemplation.

La direction est plein Est. Si j’avais pris à gauche à environ 200 m en amont de cette photo, traversé une clairière, franchi un barbelé… Je me serais retrouvé sur un terrain militaire, un immense espace d’essais pour chars. Gamins on y allait et il y avait plain de mares avec des tritons et des grenouilles. Si quand j’étais gamin j’aimais braver les interdits, j’ai passé l’âge ! Je me suis imaginé entourer de deux gendarmes : Alors comme ça monsieur, vous avez pénétré sur un terrain militaire juste pour voir s’il y a des tritons… Bien-sur…
C’est pas très crédible hein? J’ai zappé cette étape.

Étape 2

Petit lac enclavé dans un sous-bois de chênes des Yvelines en automne, avec un tapis de feuilles mortes beiges au premier plan et le reflet des arbres sur une eau sombre et calme
Un lac discret niché au cœur de la forêt yvelinoise, dont l’eau sombre et tranquille reflète fidèlement la voûte des chênes en ce début d’automne.
Vue en contre-plongée à travers des branches de châtaignier aux feuilles jaune-vert sur un petit lac forestier des Yvelines parsemé de feuilles tombées, sous un ciel diffus
Le même lac forestier des Yvelines, vu à travers un voile de branches aux feuilles tournantes, entre deux eaux et deux saisons.

Là c’est notre écrin de nature, notre aire de jeux, si aujourd’hui il y a des chemins qui y mènent, dans notre enfance il s’agissait d’une sente, on y croisait jamais personne (sauf une fois, un détraqué, ce sera l’occasion d’un billet). Cette étendue d’eau est toujours restée un mystère pour nous, elle se situe à environ 35 m plus haut que tous les autres étangs de la forêt. Aucun ru n’y arrive ou en sort et pourtant le niveau de l’eau est constant été comme hiver. Sauf là, je l’ai trouvé baissé d’environ 50 cm par rapport à l’automne dernier. L’eau est teintée de rouge légèrement pourpré dû à la décomposition des feuilles qui tombent chaque année de ce fait l’eau est clair jusqu’à pas plus d’un mètre. Souvent les eaux de cette couleur sont plutôt acides et pas alcalines.

Bon ok ,et les tritons Sima ?
Oui je m’égare…

Dans cette étendue je n’ai jamais vu de triton, mais il y a des poissons, des grenouilles, des couleuvres qui la traverse.

À gauche de la photo on perçoit des buttes, elles recouvrent des abris militaires qui datent de la dernière guerre, il y en a 6 ou 7, le deuxième était le nôtre, et face à ces abris il y a une multitude de trous de bombes, ils étaient tous remplis d’eau été comme en hiver, et là il y avait plein de tritons et grenouilles.
Aujourd’hui ils sont tous asséchés et la végétation y pousse. Il n’y a donc plus de triton !

Étape 3

Vue en plongée sur un lac bleu-gris encaissé dans une vallée boisée des Yvelines, aperçu à travers un rideau d'arbustes aux feuilles virant au jaune et au brun en automne
Un second lac se dévoile furtivement entre les arbustes dans la forêt des Yvelines, encerclé de collines boisées aux premières teintes automnales.
Vue panoramique sur un lac forestier aux eaux légèrement ridées, entièrement cerné de feuillus aux teintes automnales jaune, vert et roux, sous un ciel blanc et uniforme dans les Yvelines
Le lac forestier des Yvelines dévoilé dans toute son étendue, cerné d’une ceinture de feuillus qui commencent tout juste à se parer des couleurs de l’automne.

S’agissant tout de même d’une randonnée je décide de faire un détour par les étangs en contre-bas pour prendre un autre chemin qui me mènera au prochain point où il y avait des tritons.
Ce qui me marque dans cette forêt que je connais depuis mon enfance, ce sont les innombrables traces de sangliers. Dans mon enfance c’était rare d’en voir, il y a eu une énorme prolifération des sangliers. Depuis mon enfance, et certainement avant, la chasse a toujours été interdite dans cette forêt domaniale.

Étape 4

Stèle funéraire surmontée d'une croix blanche en forêt des Yvelines, portant une plaque en mémoire de Jean Lanot (22 ans) et Jean Roger Allviger (25 ans), engagés FFI fusillés le 23 août 1944
Au cœur de cette forêt, une stèle rappelle le sacrifice de deux jeunes résistants des FFI, Jean Lanot et Jean Roger Allviger, fusillés en pleine mission le 23 août 1944, à quelques jours de la Libération.

Là on repart plein Ouest pour dépasser mon point de départ et petit écart de sujet.

Au bout d’un certain temps le chemin se rétrécit et longe un petit ru. Je me dis : tiens, je vais en profiter pour faire un détour pour voir la tombe des deux fusillés.
Et quelle surprise de voir sur la droite, entre en bordure du sentier et proche du ru, une croix rénovée avec un petit terre-plein et clos d’une grille forgée avec une petite porte d’accès ?!
Ils ont déplacé la sépulture ! Du coup l’inscription « Ici ont été fusillés » est fausse, ils ont été fusillés à gauche du sentier à une centaine de mettre juste en lisière de forêt entre deux gros arbres, un hêtre et un chêne.

Une idée des élus, paraît-il, ce serait plus pratique de regrouper des gens sur le bord de ce chemin pour les commémorations ?! Et surtout serrer des mains.

Je me souviens qu’en CM2 notre vieux professeur (il prendra sa retraite l’année suivante) nous y emmenait, il avait connu les familles et nous avait raconté que c’était elles qui avaient eu la volonté d’enterrer et faire la sépulture sur le lieu même où ils furent fusillés. Or là les élus par pure démagogie modifient la mémoire.

Étape 5

Sous-bois dense de grands chênes aux troncs moussus et d'arbustes verdoyants dans la forêt des Yvelines, sur l'emplacement d'une vaste mare naturelle aujourd'hui asséchée et comblée par la végétation
Rien ne trahit aujourd’hui ce que fut autrefois ce lieu : une immense mare naturelle grouillante de vie, désormais silencieusement effacée sous le couvert des chênes et des arbustes.

Je me déplace vers un lieu que je sais déjà qu’il n’y aura pas de triton. En effet il s’agissait d’une mare de plus de trois-cents mètre de long et une trentaine de mètres de large avec une profondeur de plus de trois mètres par endroits. Dans les parties moins profondes, environ cinquante centimètres on y voyait des tritons mais difficile à attraper ici.

Il y a une vingtaine d’années, je ne sais pour quelle raison l’ONF avait fait des brèches pour faire évacuer l’eau retenue. Plus de tritons, de grenouilles, de dytiques, libellules, etc. Je souhaitais y passer voir comment cela avait évolué. On ne peut plus imaginer qu’avant il avait une mare, c’est devenu un bosquet au milieu de la forêt et même pas marécageux.

Conclusion.

Réchauffement climatique, interventions humaines in-situ, les tritons ont disparu de la forêt de mon enfance.

Le billet À la recherche du triton perdu est apparu en premier sur le blog de Sima78.

S22E02 – Rando – Bras de forêt

S22E02 – Rando – Bras de forêt Yvelinoise

Même si je n’en parle pas, depuis septembre j’ai fait des randonnées de quelques heures et là, j’avais envie de vous parler d’un bras de forêt que j’ai fait le 17 octobre.

Il s’agit d’un bras de forêt coincé au Nord par une voie ferrée et au Sud par une nationale, la largeur oscille entre 510 m et 200 m, la longueur d’Est en Ouest est de presque 5 000 m.
Ce bras de forêt est juste à l’un des bouts de la rue (à l’Est) où j’ai vécu mon enfance. Ce n’est pas là où nous jouions avec mes amis, celle de nos escapades est à 600 m au sud, bien plus étendue, immense, avec étangs, dénivelés, mares…

Alors pourquoi parler de ce bras de forêt ?

Parce qu’elle est méconnue, à un côté un peu sauvage et le restera car le lieu est mal déservie.

La particularité de ce bras de forêt.

Elle a un aspect assez sauvage, on y croise personne (pas de joggeurs, cyclistes, promeneurs…). Ou c’est très exceptionnel. À la limite, sur la partie Ouest (donc à l’Est de ma rue d’enfance), quelques personnes de la rue où j’habitais et qui viennent y promener leur chien, mais ne s’enfonce pas bien loin dans cette forêt. On peut y croiser un ou deux cueilleurs de champignons (il y en a plein, des champignons, pas des cueilleurs, hein !). Mon père y allait au moins une fois par jour (il faut dire que c’était à soixante-dix mètres de chez-nous), promener notre chien et y ramasser des champignons, des noisettes, des châtaignes…

C’est dans ce bras de forêt que j’ai vu pour la première fois des chevreuils et sangliers.

Pourquoi personne y va ?

La partie Ouest de cette forêt est longé par un mur historique et classé sauf une brèche au bout de la rue où j’ai vécu. Cette brèche c’est transformé en ouverture officielle de 1,50 m de large. Donc en dehors de ceux du quartier proche, personne ne connaît cette entrée et pas de place pour garer des véhicules à proximité.

Au Sud-Ouest de ce bras de forêt, lorsque l’on quitte la nationale pour rentrer dans notre ville la bretelle passe devant un accès forestier assez large, encore faut-il le voir, y stationner son véhicule, on peut y mettre deux à trois véhicules et c’est mal agencé. Donc personne ne s’y arrête et certainement ne le voit.

Donc comme au Nord il y a les voies ferrées et au Sud la route nationale reste l’extrême Est, à plus de 5 km, un tronçon de départementale à la sortie de la ville voisine. Là il y a un accotement qui permet de garer une dizaine de véhicules… Mais pourquoi se garer là alors qu’en faisant 3 km de plus vous trouverez plein de stationnement mieux organisés pour vous promener dans une forêt bien plus étendue avec des chemins et parcours tracés, des étangs, aires de pique-niques, etc. ? Les piétons de la ville Est ont peu de distance pour s’y rendre, mais n’y vont pas. Il faut dire que la ville est riche en parcs.

Dans cette partie Est il y a de nombreux jardins ouvriers historiques avec des cabanes fabriquées de récupérations (tôles, plastiques, cartons, etc). Et si, il y a quelques années ces cabanes de jardins étaient de vraies cabanes de jardin, aujourd’hui nombre d’entre elles sont de devenues des logis de fortunes pour des personnes n’aillant pas trouvé d’autres solutions. Et ça, ça fait peur au promeneur lambda. Allez savoir pourquoi !

Passage forestier étroi, encadré par une végétation dense et touffue dans un sous-bois des Yvelines en automne
Une laie à peine praticable dans la forêt yvelinoise, où la végétation reprend peu à peu son droits sur le passage.

Un tronçon de forêt sauvage.

Non, pas si sauvage que ça, il est géré par l’ONF et je trouve que c’est même très bien géré. Les coupes sont faites sur de petites parcelles et aussitôt replantées. Je trouve que c’est assez bien fait ! Dans les replantages on y trouve les espèces attendues (chênes, châtaigniers, hêtres, etc.) mais aussi des espèces pionnières (bouleaux, noisetiers, etc.). Bref, une gestion intelligente qui se confond dans le biotope au bout de peu années.

Clairière issue d'une coupe forestière dans les Yvelines, avec des jeunes arbres replantés protégés par des manchons tuteurs de l'ONF, en lisière d'un massif de feuillus en automne
Une parcelle en cours de régénération dans la forêt des Yvelines : l’ONF y a procédé à une coupe sélective et replanté de jeunes arbres protégés par des manchons individuels.

Pas si sauvage

On y trouve quelques axes larges pour les véhicules de l’ONF, pour le reste c’est très étroit.
On y trouve des vies aussi…
On y croise rarement quelqu’un pourtant lors de ma randonnée, au centre de cette forêt, en dehors de tout sentier, je suis passé à une trentaine de mètres d’un campement. Quelques tentes, toutes fermées, les gens sont partis taffer ou se chercher de quoi subsister (il faut vraiment quitter les sentiers pour tomber dessus). Soit une marginalisation choisie et c’est tant mieux, soit imposée et c’est dramatique (en ville il y a des gens qui ont un travail qui pourtant n’ont d’autre choix que vivre dans leur voiture). Dans l’image ci-dessous on y aperçoit l’une des tentes

Sous-bois de bouleaux, chataigniers et fougères dans une forêt des Yvelines, avec le toit d'une tente de fortune à peine visible entre les troncs, abritant un sans-domicile
Entre les bouleaux, châtaigniers et les fougères de la forêt yvelinoise, une tente se dissimule dans la végétation, témoignant d’une présence humaine précaire au cœur des bois.

Forêt fermée mais avec quelques perspectives.

Vue dégagée sur une vallée boisée des Yvelines, encadrée par un grand chêne majestueux et des châtaigniers, sous un ciel nuageux d'automne
Entre châtaigniers et chênes de la forêt yvelinoise, une échappée sur le massif boisé environnant sous un ciel de saison automnal.

En dehors des quelques chemins ONF qui ont une largeur d’environ 2,50m les autres sont de petites sentes étroites. Où se fixe votre regard, il est immédiatement coupé par une végétation dense.

Sentier de terre jonché de feuilles mortes jaunes et brunes s'enfonçant dans une forêt dense et verdoyante des Yvelines en automne
Un sentier forestier des Yvelines à l’orée de l’automne, où les premières feuilles tombées contrastent avec la végétation encore bien verte.
Sentier forestier étroit et envahi par les herbes et les ronces, parsemé de feuilles mortes orangées, dans un sous-bois des Yvelines en début d'automne
Un sentier discret se faufile entre herbes hautes et feuillus dans la forêt yvelinoise, à la lisière de l’automne.
Chemin de terre humide bordé de feuilles mortes dorées au pied d'un grand hêtre moussu, dans une forêt des Yvelines au début des couleurs automnales
Le tournant d’un chemin forestier des Yvelines, cadré par une végétation annonçant l’automne.

Mais au bout de quelques kilomètres vous pouvez bénéficier de quelques rares vues panoramiques intéressantes, elles passent au-dessus des voies ferrées en contre-bas.

Le billet S22E02 – Rando – Bras de forêt est apparu en premier sur le blog de Sima78.