Ghidra – La NSA libère son outil de rétro-ingénierie

De temps en temps, quand ils s’ennuient à espionner, l’« intelligence agency » les agences de renseignements des États-Unis nous permettent de jeter un œil à certains de leurs jouets. Par exemple, le logiciel Ghidra, qui peut intéresser des experts en « reverse engineering » Rétro-Ingénierie et sécurité informatique.

Serpent rouge sur fond noir qui se mort la queue et forme un huit horizontal.
Logo de Ghildra

Écrit en langage de programmation Java, il est distribué, sous forme incomplète mais sous licence libre Apache 2.0. De plus il est gratuit, ce qui en fait une alternative intéressante à IDA Pro, un programme fermé et pas vraiment bon marché.

Développée de manière réservée depuis de nombreuses années, il a été montré au public pour la première fois lors de la conférence RSA qui s’est tenue à San Francisco.

Un logiciel capable d’analyser des fichiers binaires (par exemple des logiciels malveillants) inversant le processus de compilation, vers pseudo-code C, permettant aux analystes de comprendre la fonctionnalité de celui-ci.

Il est multi-plateforme (Linux, MacOos, Windows), et compatible avec des logiciels destinés à tous les types de processeurs et de multiples architectures (environ une douzaine). Également extensible dans ses fonctions à base de plugins, à la fois Python et Java, que l’utilisateur peut créer lui-même.

Il se caractérise par ses nombreuses possibilités : effectuer un travail collaboratif, assembleur/dés-assembleur, mode interactif ou automatique, graphiques et diagrammes de flux, raccourcis clavier avancés, possibilité d’annuler les changements. Plus d’une centaine de fonctions différentes et beaucoup à explorer dans cet outil.

Comme toujours, il est conseillé un minimum de précaution dans l’exécution du code de la NSA. Bien qu’ils jurent  qu’il n’y a pas de backdoor (porte dérobée) dans The Register, ils ont déjà fait écho à un bug qui, en mode débogueur, permet à Ghidra de se connecter à d’autres systèmes de son réseau et d’exécuter du code.

Site Ghidra pour le téléchargement.

Voyez les photos d’écran plus bas…
Pour l’exécuter, il faut avoir Java runtime.
Une fois Ghidra installé, pour le lancer :

./ghidra_run
Capture d’écran de l’accord utilisateur de Ghidra, un framework de reverse engineering développé par la NSA, affichant les termes de la licence Apache 2.0, incluant une clause de responsabilité utilisateur.
Ghidra, l’outil de reverse engineering de la NSA, présente son accord utilisateur sous licence Apache 2.0, insistant sur la responsabilité de l’utilisateur dans l’usage légal du logiciel.
Capture d’écran de la page d’introduction du guide utilisateur de Ghidra, montrant une vue d’ensemble de l’outil de reverse engineering, incluant les sections 'Introduction', 'Public cible', 'Portée du document' et 'Avertissement'.
La page d’accueil du guide utilisateur de Ghidra présente les bases de l’outil, son public cible et les limites de la documentation fournie, soulignant son extensibilité via des plugins.
Capture d’écran de l’interface principale de Ghidra, montrant l’état "NO ACTIVE PROJECT" dans la section "Active Project", avec des options pour créer ou charger un projet, ainsi qu’une liste vide dans l’onglet "Tool Chest".
L’interface de Ghidra s’ouvre sur une page indiquant qu’aucun projet n’est actif, avec des outils de gestion de projet désactivés et une liste vide d’outils disponibles.
Capture d’écran de l’interface de Ghidra montrant un projet en cours d’analyse, avec les panneaux "Program Trees", "Symbol Tree" et "Data Type Manager", une vue hexadécimale du code, ainsi qu’un résumé des résultats d’import dans le navigateur de code.
Ghidra, l’outil de reverse engineering de la NSA, affiche un projet en cours : ELBA, avec ses structures de programme, ses symboles et ses types de données, ainsi qu’une vue détaillée du code et un résumé des résultats d’import.

Source: une traduction d’un article du site « La Mirada Del Replicante » – La NSA libera su herramienta de ingeniería inversa Ghidra

De nouveaux documents nous montrent ce que la NSA peut déchiffrer

Reprise de l’excellent article Nuevos documentos nos muestran lo que la NSA es capaz de descifrar du site La mirada del replicante

Le journal allemand « Der Spiegel » a publié de nouveaux documents qui montrent les efforts intenses qu’a développés la NSA pour briser les principaux protocoles de sécurité et de chiffrage sur Internet.
Dans un article signé entre autres par Laura Poitras, Andy Mueller Maguhn et Jacob Appelbaum nous signalent que parmi les services dont nous devrions nous méfier se trouve les protocoles PPTP, IPSec, SSL et TLS.

De la vulnérabilité de ces deux derniers (SSL et TLS) s’ensuit que la NSA serait en mesure d’intercepter les trafics « sécurisés » HTTPS que nous utilisons tous pour accéder à nos comptes de messagerie, les services bancaires, e-commerce, etc. (10 millions de connexions « percées » par jour étaient prévues dans un rapport classé fin 2012).
Même le protocole SSH utilisé pour accéder à des machines distantes via internet ont également été brisée par les services de renseignements des 5 yeux (USA, Australie, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Canada)

nsa otrL’autre des services infiltrés avec succès est les VPN qui utilisent des protocoles de communications PPTP ou IPsec. Ces réseaux privés virtuels qui créent un tunnel chiffré, théoriquement sécurisé, entre deux points sur Internet, sont massivement exploitées par la NSA qui a réussi à pénétrer plusieurs réseaux tels que le gouvernement Grec (Ils ont 12 personnes dédiées à cela… Si Syriza gagne les élections, ils devront doubler les effectifs xD), les entreprises de télécommunications Russes, les compagnies aériennes de divers pays, ainsi qu’écouter des représentants de pays tels que l’Afghanistan, le Pakistan et la Turquie.

Mention spéciale à Skype, le plus populaire des logiciels d’appels téléphoniques qui fait partie depuis longtemps du programme PRISM comme une source de collecte de données ainsi que les services Google ou Apple. Une situation qui n’a évidemment pas changé avec le rachat de Skype par Microsoft en 2011.

En général, nous pouvons dire qu’il y a une guerre permanente contre la sécurité de réseau et tous les types de protection qui empêche la NSA à accéder à tout type de données, et pas seulement à la recherche d’exploits dans les services les plus critiques, mais aussi influencer les décisions des gouvernements et des organismes internationaux, afin d’assouplir les normes de sécurité sur lesquelles Internet est construit, tout en faisant des changements dans les dispositifs cryptographiques commerciaux pour les rendre exploitables.

Les services du courrier comme Mail.ru ou des réseaux sociaux comme Facebook ne représentent pas un problème aux services de renseignements nord-américains quand il s’agit d’accéder aux données des clients.

La NSA compterait sur un programme dénommé « Tundra » pour attaquer le chiffrage AES dont on connaît peu détails.

Et maintenant, les bonnes nouvelles… Ce qui résiste encore à la NSA?

Des services comme Tor géré par des milliers de bénévoles, qui permet aux utilisateurs d’Internet d’améliorer la confidentialité et la sécurité au moyen des services comme son navigateur Tor Browser ou les distributions spécialisées comme Tails qui offrent une navigation totalement anonyme… (Ou presque… Là, c’est un autre sujet! [note personnelle])

Cela ne signifie pas qu’il n’est pas possible d’être identifié, il faut prendre les précautions nécessaires (généralement, les failles viennent de Flash et d’autres services du navigateur qui n’ont pas été correctement configurés).

TrueCrypt, ce service populaire de chiffrement (actuellement interrompu) est l’un de ceux qui causent des problèmes aux services de renseignements, ainsi que le protocole OTR (Off-The-Record Messaging) qui permet d’avoir des conversations privées via Internet en utilisant des applications comme Pidgin très populaires sous GNU/Linux.

vpn nsaPour les mobiles, on trouve des programmes Open Source dont RedPhone, une application validée par l’EFF utilisant le protocole ZRTP permettant aux utilisateurs d’Android d’avoir des communications vocales chiffrées via un wifi ou Connexion de Données activé.

Et finalement, un vétéran qui résiste à tout : PGP (GnuPG pour les utilisateurs GNU/Linux). Presque un quart de siècle après, ce programme développé par Phil Zimmermann, nous assure le chiffrement et la signature numérique en offrant une résistance aux services de renseignements à travers le monde.

« Non decrypt available for this PGP encrypted message » disent quelques documents de la NSA à ce sujet 🙂

(source) | Mirada del Replicante
(source) | Der Spieguel