Méfiez-vous des femmes qui marchent de Annabel Abbs

Méfiez-vous des femmes qui marchent de Annabel Abbs (2023) – Une ode aux marcheuses libératrices !

Traductrice : Béatrice Vierne
EAN : 9782266336727
Édition : Pocket (432 pages)

C’est la couverture et le titre qui ont d’abord attiré mon attention. Encore une fois, je dois remercier mon libraire pour cette belle découverte. Achète tes livres en librairie plutôt que sur le web, ils sont au même prix. Sympathise avec ton libraire[1].

Il existe de nombreux récits sur les hommes qui marchent : Rousseau, Thoreau, Stevenson, Giono, Tesson… mais très peu s’intéressent aux femmes qui randonnent. Il suffit de lire mon billet « Littérature – Voyages, Marches, Évasions » pour remarquer que les femmes sont minoritaires sur la liste que je propose. Annabel redonne voix à ces femmes oubliées pour qui la marche fut un désir d’affirmation de soi et d’affranchissement, une claque au patriarcat !

À travers les histoires de femmes artistes, philosophes et écrivaines (Simone de Beauvoir, Frieda von Richthofen, Gwen John, Nan Shepherd, Clara Coltman Vyvyan, Georgia O’Keeffe), qui ont osé entreprendre de longs voyages à pied, Abbs met en lumière la marche comme moyen de libération et de transformation personnelle. Avec son écriture engagée elle nous offre un regard un regard touchant sur la marche comme acte de rébellion.

Note(s)

  1. ^ Quand tu sympathises avec ton libraire, il peut non seulement mieux guider tes choix selon tes goûts, mais aussi te surprendre en t’ouvrant à d’autres styles, en t’arrachant à tes habitudes littéraires. Les librairies et leurs libraires sont précieux, chéris-les !

Un hommage aux femmes qui marchent pour se libérer

Dans Méfiez-vous des femmes qui marchent, Annabel Abbs nous offre une histoire inspirante et pleine de vie, centrée sur la quête de liberté. À travers les récits de femmes célèbres du XXe siècle, elle explore un sujet simple mais essentiel, marcher ! Mais pas de n’importe quelle manière. Marcher seule, marcher loin, marcher librement. C’est un hommage à la liberté des femmes, à la reconquête de l’espace public.

« Pendant des siècles, la mobilité a été réservée aux hommes. Les femmes étaient confinées, immobiles, casanières. Chez nous – nous disait-on – nous étions en lieu sûr. Et pourtant, pour bien des femmes, le danger était infiniment plus grand chez elle que dans les lieux sauvages. » Chap 4.

Plus qu’un roman, un récit, c’est un journal de bord, un manifeste

Annabel Abbs elle mêle intelligemment récit personnel, recherches historiques et méditations philosophiques. Elle-même marcheuse, elle suit les traces de ces femmes pionnières, marginales ou incomprises, qui ont choisi de fuir les salons, les obligations domestiques et les injonctions sociales en chaussant leurs bottes. Elle interroge le lien entre la marche et la créativité, la nature et l’indépendance.

« Quand je reviens de ma randonnée Gwen John (c’est ainsi que je l’appelle), plusieurs amies veulent savoir quel effet cela m’a fait de me retrouver toute seule pendant dix jours. Je ne me suis pas ennuyée ? Sentie seule ? Ma famille m’a-t-elle manqué ? Est-ce que j’ai dû remettre des mecs à leur place ?
Mes réponses sont d’une grande sobriété. J’ai honte de reconnaître que ma famille ne m’a pas manqué, que je ne me suis jamais ennuyée, que les agresseurs n’existaient que dans mon imagination tendancieuse. Mais j’ai surtout honte d’admettre à quel point j’ai pris plaisir à ma propre compagnie. » Annabel Abbs, parlant d’elle-même, Chap.4

Ce n’est pas un livre sur la performance mais sur le droit de marcher seule sans se soucier du regard des autres. À une époque où la femme seule dehors continue d’être jugée ou mise en danger, Abbs nous rappelle que chacun doit acquérir cette liberté et la conserver.

« En parcourant des lieux généralement réservés aux hommes, elle faisait la preuve de sa présence physique, mais aussi de son autonomie et de son énergie. » en parlant de Simone de Beauvoir. Chap. 6.

Une réflexion féministe originale et accessible

Le titre, provocateur, annonce bien la tonalité de l’ouvrage : Méfiez-vous des femmes qui marchent, car elles pensent, elles changent, elles dérangent. C’est un féminisme qui prend le large, au sens propre comme au figuré. En redonnant vie à ces femmes qui ont marché à contre-courant de leur époque, Abbs nous pousse à repenser notre rapport au monde, au corps, à la solitude et au silence.

« En faisant ses randonnées, chacune de ces femmes a découvert une nouvelle façon d’être, une manière d’exister à travers son corps, son physique, ses sens. » Chap. 8.

Ce livre est aussi un hommage à la lenteur, à la désobéissance douce, à l’intuition. Il fait du bien à l’âme. Il donne envie de se lever, de sortir, de marcher… sans but, sans montre, sans justification.

Conclusion

Méfiez-vous des femmes qui marchent est un livre qui inspire et donne de la force. Annabel Abbs redonne à la marche, ce geste apparemment anodin, toute sa charge politique et poétique. Ce n’est pas un simple récit de voyage, mais une déclaration de liberté. Avec ce livre j’ai sentiment rare d’avoir une compagne de route, invisible mais bien présente.
Un livre que j’ai vraiment adoré.

« Virginia Woolf pensait que les femmes avaient besoin d’une chambre à elles. May Sarton croyait qu’elles avaient besoin de temps à elles. Et moi ? Moi, je crois que les femmes ont besoin d’un trajet à elles. En plein air. Loin de l’enfermement bétonné de la grande ville. Entre terre et ciel. Au bord de l’eau. » Annabel Abbs. Chap. 3.

Et toi, as-tu déjà marché seule, longtemps ?

Les commentaires sont là pour partager tes impressions et/ou tes chemins de traverse.

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Littérature – La Femme de Ménage de Freida McFadden (Trilogie)

La Femme de Ménage de Freida McFadden, une trilogie à découvrir.

La Femme de Ménage, tome 1 (2023)
Elle connaît vos secrets. Découvrez les siens.

Traductrice : Karine Forestier
EAN : 9782290391174
Édition : J’ai lu (416 pages)

 

La Femme de Ménage, tome 2 (2024)
Les secrets de la femme de ménage.

Traductrice : Karine Forestier
EAN : 9782290391198
Édition : J’ai lu (416 pages)

 

 

La Femme de Ménage voit tout, tome 3 (2024)
Elle habite dans la maison d’à côté, Maintenant elle connaît tous vos secrets.

Traductrice : Karine Forestier
EAN : 9782824627571
Édition : City Edition (400 pages)

Continez la lecture de l’article pour tout savoir… ou presque!

La sortie du tome 3 chez mon libraire de quartier a attisé ma curiosité, après avoir lu le quatrième de couverture j’ai décidé de lire la trilogie en commençant par le tome 1, jusqu’au 3.
Si l’on peut les lire indépendamment les uns des autres je préconise tout de même de commencer par le tome 1.
Je ne vais pas vous faire ici un résumé tome par tome mais mon ressenti sur l’ensemble de la trilogie.

Le personnage central

Il s’agit de Millie l’héroïne des trois tomes, une jeune femme complexe au parcours touchant et complexe. Freida par ce thriller aborde les thèmes de la résilience mais aussi d’une part de soumission… En effet, Millie qui cherche à « s’intégrer » par un emploi fixe à un lourd passé, un passé carcéral, malgré son jeune âge. On le sait, aux États-Unis, trouver un emploi lorsque l’on a un passé carcéral est un grand handicap. Pour garder un emploi on ne souhaite pas que l’employeur fasse des recherches car c’est le risque d’être licencié ce qui oblige une certaine docilité par garder son emploi. C’est en quelque sorte la double peine que subira Millie durant les trois tomes, d’ailleurs dans le 3 on la retrouve plus âgée, mariée et deux enfants. Mais Millie n’est pas genre à se laisser faire !

Mon ressenti

Freida Mc Fadden fait en sorte que l’on s’attache à certains personnages, et, que l’on en déteste certains autres mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences, la dynamique entre protagonistes est très bien faite. Attendez-vous à des rebondissements.

Si l’émotion et la profondeur psychologique est au rendez-vous, on reste dans un thriller et non un polar car côté enquête, car il y a forcément enquête policière, on n’est pas dans le « Prix du quai des Orfèvres », ce qui n’en fait pas moins un vrai page-turner.

J’ai vraiment aimé, apprécié, même si parfois c’est un peu « tiré par les cheveux »… La lecture des trois tomes était vraiment agréable ponctuée de suspens et d’inattendus sans oublier les petites pointes d’humours ! c’est ce que l’on attend d’un thriller !

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Littérature – Eldorado de Laurent Gaudé

eldorado.jpg, sept. 2024

Eldorado : l’exil, la quête de survie, et le désir d’une vie meilleure.

ISBN : 978-2-7427-6261-3
224 pages
Édition : Actes Sud

Le livre est sorti en 2006 aux éditions Actes Sud. C’est la réédition que mon libraire m’a fait découvrir. Achetez vos livres en librairie plutôt que sur le web, ils sont au même prix et vous bénéficiez de bons conseils.

Laurent Gaudé, avec Eldorado, parvient à tisser un récit d’une humanité profonde et émouvante, touchant à des questions aussi universelles qu’actuelles : l’exil, la quête de survie, et le désir d’une vie meilleure. À travers les histoires croisées de migrants en quête d’une vie meilleure et d’un capitaine de la marine italienne en pleine crise existentielle, Laurent Gaudé explore des problématiques actuelles tout en mettant en lumière la complexité des émotions liées à l’exil.

Ce roman est à la fois une réflexion sociale et un voyage intime, marqué par une écriture à la fois sobre et poétique.

Un regard touchant sur la migration.

Gaudé nous plonge dans l’expérience des migrants, ces femmes et ces hommes prêts à tout pour fuir la misère, la guerre ou la répression. Il met en scène deux histoires parallèles : celle de Soleiman, un jeune homme qui quitte son village pour traverser le désert et la mer Méditerranée, et celle du capitaine Salvatore Piracci, chargé d’intercepter les embarcations clandestines qui tentent de rejoindre les côtes Italiennes et donc l’europe.

Soleiman incarne cette quête d’un Eldorado lointain, symbolisant le rêve d’une vie meilleure. À travers ses yeux, on découvre les épreuves terrifiantes auxquelles sont confrontés les migrants : la chaleur écrasante du désert, l’angoisse de la mer, et la cruauté des passeurs. L’histoire de Soleiman est une succession de désillusions et de sacrifices, mais aussi de moments de solidarité et d’espoir. Gaudé nous montre la résilience des migrants sans jamais tomber dans le pathos, ce qui rend leur combat encore plus poignant.
D’un autre côté, le capitaine Piracci est un homme hanté par ses missions de patrouille en Méditerranée, où il doit empêcher les migrants d’accéder à l’Europe. Sa rencontre avec une réfugiée qui refuse de se soumettre à sa condition bouleverse son quotidien et déclenche en lui une profonde remise en question. Ce personnage, initialement figure d’autorité, devient le miroir d’un dilemme moral : comment concilier la loi avec l’humanité ?

Les thèmes de l’exil et la migration

Contrairement à d’autres récits qui traitent de l’immigration de manière plus journalistique ou manipulatrice, Gaudé adopte une approche subtile et nuancée. Eldorado n’est ni un pamphlet ni un manifeste. C’est un roman qui touche à l’intime tout en éclairant les réalités globales des migrations. Laurent G. évite de sombrer dans le pathos facile, préférant explorer la diversité des motivations, des souffrances, mais aussi des forces des migrants. Il montre la complexité des choix auxquels ils sont confrontés sans pour autant juger ou prendre parti.

Conclusion

Eldorado nous éclaire sur la complexité du phénomène migratoire tout en plaçant l’humain au cœur de son récit. Gaudé choisit de raconter l’histoire (loin des discours politiques ou polémiques) d’individus, qu’ils soient migrants ou gardiens des frontières, sont tous pris dans une quête existentielle. Il nous invite à voir au-delà des chiffres et des statistiques pour comprendre la réalité intime de ces parcours de vie.

Eldorado raconte le drame de l’exil, mais aussi la beauté des rêves et de l’espoir. C’est un livre sur la problématique contemporaine qui touche à l’universel, un livre que j’ai adoré.

Pour mieux comprendre les tragédies qui se déroulent en mer Méditerranée, vous pouvez consulter cet article Wikipédia sur le naufrage survenu le 3 octobre 2013 au large de Lampedusa.

Les commentaires sont là pour vous exprimer !

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Littérature – Prenez-moi pour une conne de Guillaume Clicquot

Prenez-moi pour une conne de Guillaume Clicquot (2024)

Dans la tête d’une femme trahie

EAN : 9782266340809
324 pages
Édition : Fayard

N’étant pas fan des titres racoleurs ou provocateurs, je n’aurais pas choisi ce livre de moi-même. C’était sans compter sur les conseils toujours judicieux de Mathilde ou Jean-Yves de la librairie coopérative où j’aime prendre un thé et discuter de livres. Jean-Yves, que je connais depuis longtemps, bien avant l’ouverture de cette librairie, connaît mes goûts littéraires et orientations politiques et me fait découvrir des ouvrages en ce sens. Mathilde, Nous nous connaissons depuis moins longtemps, me pousse vers des lectures inattendues, sans jamais me décevoir.

Prenez-moi pour une conne !

Orane, 58 ans, après des études brillantes, a consacré sa vie à son foyer et à ses enfants, Thomas, Christophe et Pauline, ainsi qu’à son magnifique époux Xavier, avec qui elle partage plus de trente ans de mariage.

Moi, la très classique Orane de Lavallière, je leur offrais mon sourire placide, mon style BCBG sage et dénué de sensualité, la douceur réconfortante de la mère de famille rangée, une icône asexuée et rassurante.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille…

Le lendemain du mariage de leur fille cadette, Pauline, Orane organise un brunch. Xavier s’absente pour acheter du pain. Deux heures plus tard, c’est par un mail qu’elle apprend que son Xavier ne rentrera pas :

Orane, avec le merveilleux mariage de Pauline, c’est un chapitre de nos aventures qui se termine, l’histoire d’un couple qui a réussi à élever et à lancer dans la vie trois beaux enfants.
Aujourd’hui, hélas, le livre se referme, […]
J’ai attendu que Pauline se marie pour ne pas gâcher le plus beau jour de sa vie et remplir jusqu’au bout mon contrat de père. […] Même si à présent mon cœur bat pour une autre, je tiens à te confirmer toute l’affection que j’ai pour toi et j’espère que, pour les enfants, nous demeurerons amis.
[…]
– Je sais que je ne te mérite pas. Je te rends ta liberté. Affectueusement. Xavier.

Il l’a traité comme il traite ses employés, peut-être même pire ; un licenciement sec sans préavis pour refaire sa vie avec une jeunette de la trentaine.

– Je croyais qu’il m’admirait… Il m’a plaquée le jour où il a estimé que je ne lui servirais plus.
[…]notre mariage n’était qu’un CDD […]

Malgré le choc, Orane continue sa journée avec sa douceur habituelle et son sourire réconfortant de façade, dissimulant habilement son désarroi. Elle invente même un prétexte pour expliquer l’absence soudaine de Xavier.

Une fois les festivités terminées, Orane retirée dans sa maison secondaire s’engage dans une multitude d’activités bénévoles à Saint-Aubin-sur-Mer, jusqu’à être submergée et fait une déprime qu’elle refuse d’admettre… Orane est toujours dans le déni !

Derrière sa façade de mère au foyer, bourgeoise Versaillaise, catho, sainte nitouche elle décide de se venger.

Mais quel sera son stratagème ? Comment va-t-elle l’élaborer ? Comment réagira-t-elle face à la police, la juge d’instruction, lors des interrogatoires poussés, des perquisitions, etc. ?
Celle que tout le monde prend pour une conne commettra-t-elle le crime parfait ? Où est-elle vraiment trop conne ?

Il n’y a qu’en lisant le livre que vous le saurez.
Un polar hors du commun, un véritable page-turner que je vous recommande. Partagez vos impressions sur les commentaires.

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Littérature – Les regles du Mikado de Erri De Luca

Les règles du Mikado de Erri De Luca (2024)

Traduction : Danièle Valin
EAN : 9782073060587
160 pages
Éditions : Gallimard

Je me rends compte que c’est la première fois que j’écris sur un livre d’Erri De Luca, bien que j’aie eu plusieurs coups de cœur parmi ses œuvres. Ce que j’aime particulièrement chez Erri De Luca, c’est sa plume poétique et philosophique avec laquelle il nous raconte des histoires.

Préface de présentation

Cela commence par une préface présentant les personnages, nous plongeant immédiatement dans l’ambiance :
[…] Je présente donc les deux personnes qui engagent un dialogue au début de cette histoire.
Lui, c’est un vieux campeur solitaire. Il passe de longues périodes en montagne, même en hiver. Elle, c’est une jeune gitane qui a fui sa famille et son campement. […]

Résumer de l’histoire

Vous vous doutez bien que le résumer ne dévoilera rien de l’histoire que vous devrez découvrir par vous-même.

En Italie, sur les montagnes enneigées à la limite de la Slovénie. Une jeune femme tzigane (pour ne pas dire adolescente)[1] fuyant un mariage forcé se réfugie dans la tente du vieil homme en quête d’un abri et vient ainsi perturber la solitude du vieil horloger.
Alors que tout semble les opposer, elle, incarne la liberté et les traditions nomades de son peuple, lui, vieil homme solitaire et routinier, trouve son refuge dans la précision des horloges qu’il répare et dans la maîtrise du mikado, symbole de patience et d’équilibre.
Un lien va se créer au fil des conversations et confidences. L’horloger, captivé par l’énergie et la résilience de la jeune femme, l’initie aux subtilités du mikado fondée sur la tempérance, la concentration et l’acceptation de l’imprévisible. En retour, la jeune femme insuffle au vieil homme une nouvelle vitalité, le sortant de sa routine et s’ouvrir à de nouvelles perspectives.

Comment cette rencontre changera la vie ou le destin chacun ? Vous le saurez en lisant cette histoire captivante et émouvante, le parcours de deux personnages attachants si différents et pourtant aux destins entremêlés.

Citation :

[…]
Je pars pour une plus longue période. Non pas pour me soigner, je n’en ai pas besoin. Je projette de faire un voyage depuis longtemps.
J’ai tout réglé à la fondation pour qu’elle se passe de moi. Ce que j’entreprends doit être fait à pied. Ce sera forcément lent.
La marche me permet d’entrer dans les paysages et d’en faire partie.
[…]
Je vis dans un endroit en plein air où tout est vrai. Les surfaces qui m’entourent ne peuvent pas mentir. La terre sur laquelle j’installe ma tente, les piquets enfoncés sont le fondement qui me porte.
J’ai plus d’années que de kilos. Les vieux doivent être légers.
L’humanité a été jeune, ce n’est que récemment qu’elle s’est mise à vieillir en masse. C’est un temps inconnu, plus que la jeunesse.
Aucune expérience de vieillesse précédente ne peut servir d’exemple.
Le matin, je fais l’appel, j’invite chaque partie de mon corps à dire présent. Je commence par les pieds pour finir par la nuque.
Je dresse le plan de la journée, les activités indispensables et les superflues. Le feu, l’eau, la soupe, l’hygiène, sont des nécessités, puis je dois ajouter la lecture et le jeu pour l’entraînement des pensées.
La durée du jour est un tour du monde.
Le soir, je me retrouve aux antipodes, la nuit me ramène au point de départ.
Je vis sans montre. Si je me réveille dans le noir à cause d’un bruit, d’un rêve, je n’ai pas besoin de savoir l’heure. Je me concentre sur les battements de mon cœur. […]

Qu’avez-vous pensé de cette rencontre improbable entre deux personnages si différents ? Partagez vos impressions et réflexions dans les commentaires !

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Note(s)

  1. ^ Anecdote : J’ai accompagné l’une de mes filles, étudiante en photographie, pour un projet de reportage sur les Roms qu’elle avait choisi. Ce projet est devenu personnel pour elle, et nous avons rencontré cette communauté régulièrement pendant deux ans. Nous avons été invités à un mariage, un mariage d’amour qui se reflétait dans les yeux et la joie des deux mariés. J’ai été surpris par leur jeune âge ; elle avait 16 ans et lui presque 18, alors que les gadjos et gadjis (comme ils nous appellent) se marient de plus en plus tard, lorsqu’ils se marient.

Littérature – Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson

Littérature – Ceci n’est pas un fait divers de Philippe Besson (2024)

EAN : 9782260055372
208 pages
Éditions : Julliard

Ça démarre très fort, de façon très violente lorsque Léa, treize ans, appelle son frère (19 ans) qui a quitté sa famille pour poursuivre une carrière à l’Opéra de Paris. Au téléphone, après un silence elle lui annonce « Papa vient de tuer maman ».

[…] On n’était pas taillés pour une calamité de cette nature, de cette ampleur.
Personne ne l’est. Évidemment.
Sauf que nous, ça nous est tombé dessus. […]

La fratrie devra affronter drame.

Le féminicide est abordé sous un angle original, mettant en lumière l’impact sur la vie des enfants et le cercle familial, des victimes collatérales souvent oubliées.

En quête pour remonter le fil du temps, la fratrie cherche à comprendre la terrible mécanique qui a conduit à cet acte impensable. On y suit les signes avant-coureurs, la violence psychologique, l’escalade des abus conjugaux et les silences. On y ressent les effets dévastateurs sur la cellule familiale mettant en lumière les proches traumatisés, plongés dans un deuil et une souffrance incommensurables.

Comment se reconstruire après un tel drame ? Si toute fois c’est possible ?

Le roman soulève des questions importantes sur la violence faite aux femmes et la manière dont les médias traitent ces tragédies. Il aborde avec sensibilité et réalisme un sujet délicat.
Un véritable page-turner qui vous tirera des larmes d’empathie et de compassion. Un vrai coup de cœur que je recommande.

Vous avez quelque chose à dire, préciser, des questions? Les commentaires sont là pour ça.

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Littérature – L-enrage de Sorj Chalandon

L'Enragé de Sorj Chalandon sur le blog de Sima78, févr. 2024
L’Enragé de Sorj Chalandon

Littérature – L’enragé de Sorj Chalandon (2023)

EAN : 9782246834670
416 pages
Éditions : Grasset

L’histoire se déroule pendant l’entre-deux-guerres sur l’île de Belle-Île-en-Mer. On y suit le parcours de Jules Bonneau, un jeune garçon surnommé « la teigne ». Originaire de Mayenne, Jules est abandonné par sa mère à l’âge de cinq ans. Son père, accablé par l’alcoolisme et incapable de s’occuper de lui, le confie alors à ses propres parents : mes grands-parents ne m’ont pas accueilli. Ils m’ont installé dans un coin de la cuisine, près des escaliers qui menaient au cellier. {…] À table, le morceau de lard était à lui, les légumes pour sa femme et le reste pour moi.

À l’âge de sept ans, affamé, il se retrouve à voler trois œufs. À treize ans, il est appréhendé avec deux de ses amis, pour l’incendie d’un atelier de couture, lui n’a rien fait, il les accompagnait. Ni son père ni ses grands-parents ne se présentent pour le récupérer lors de son audience chez le juge. Il est alors envoyé à la Colonie pénitentiaire de Haute-Boulogne sur Belle-Île-en-Mer.
Un bagne regroupant les adolescents jusqu’à leur majorité (21 ans) sans distinction d’âge ni de délit… Des plus jeunes aux libérables, enfants abandonnés, orphelins innocents, vagabonds, de l’assassin au voleur de pommes, le violeur avec sa proie. Jules est témoin et subit la violence quotidienne et inimaginable, surtout des « gaffes[1] » de cet univers carcéral.

Belle-Île-en-Mer (1934) le centre pénitentiaire pour mineurs est en ébullition. 56 enfants, meurtris par la vie et reclus dans cet environnement carcéral, se rebellent et s’évadent. Parmi eux, Jules, « La Teigne« , « l’Enragé« , hanté par les violences d’une enfance brisée, traqué par les autorités, les habitants et même les touristes, il erre sur l’île, nourrissant une rage contre un monde qui l’a broyé et rejeté. 55 enfants seront repris tous, sauf un, Jules. De cette « Chasse à l’enfant » Jacques Prévert en a fait un poème.

Jules fera la rencontre de Ronan, patron de la chaloupe sardinière Sainte-Sophie, de Sophie épouse de Ronan et tout l’équipage de la chaloupe.

J’arrête là, je ne vous en dis pas plus, c’est déjà trop… J’espère vous laisser dans l’envie de découvrir ce véritable coup de cœur, ce page-turner. Et qu’il vous transportera comme il m’a transporté.

Pour résumer, l’histoire est à la fois tragique et vibrante d’espoir où l’on suit Jules, « la teigne« , « l’enragé« , se débattre contre ses démons, tiraillé entre désir de vengeance et la la possibilité de retrouver la paix. Des personnages complexes et bouleversants, certains attachants d’autres repoussants, Jules, avec toute sa complxité… on ne peut que s’y attacher. Sorj Chalandon, lui-même marqué par son enfance difficile, construit ce personnage de Jules avec une force et une authenticité bouleversantes. Sorj met en lumière une page sombre de l’histoire française.

Cet article vous a plu, ou pas… Vous avez lu le livre, ou pas… Vous l’avez aimé, ou pas… Ce billet vous a donné envie de le lire, ou pas… Exprimez-vous dans les commentaires.

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Note(s)

  1. ^ ATILF → GAFFE, subst.
    Argotique
    A. – Subst. masc. Sentinelle, guetteur. Les gaffes (…) sont placés à leur poste (A. HUMBERT, Mon bagne, 1880, chap. II, f. 115).
    – En partic. Gardien de prison. C’est en moi qu’il me boucle et c’est jusqu’à perpète Ce gâfe de vingt ans! Un seul geste son œil, ses cheveux dans les dents : Mon cœur s’ouvre et le gâfe avec un cri de fête M’empoisonne dedans (GENÊT, Poèmes, 1948, p. 33).

    Syn. → Ici, dans le texte – Maton

Littérature – Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin (2018)

Couverture du livre "changer l'eau des fleurs", janv. 2024
Changer l’eau des fleurs

« Changer l’eau des fleurs » est un roman poignant écrit par Valérie Perrin.

EAN : 9782226403049
560 pages
Éditions : Albin Michel

Vous qui me suivez, vous savez que je réserve cette catégorie exclusivement à mes coups de cœur littéraires. Celui-ci remonte à l’année précédente, en septembre 2023. Quelques mois auparavant, j’avais déjà été séduit par une œuvre de cette écrivaine avec « Les oubliés du dimanche« .
Deux livres de la même plume, deux coups de cœur distincts, une coïncidence qui se présente rarement.

L’histoire tourne autour de Violette Toussaint, une gardienne de cimetière solitaire qui entretient un lien profond avec les défunts dont elle prend soin. À travers des flashbacks habilement intégrés, l’auteure dévoile progressivement le passé tumultueux de Violette, révélant des secrets douloureux et des relations complexes.

Les personnages sont richement développés, chacun avec ses propres blessures et cicatrices, ce qui rend leur parcours d’autant plus touchant. La complexité psychologique des personnages donne de la profondeur à l’histoire. Valérie Perrin réussit à aborder des thèmes sombres tout en insufflant une certaine dose d’optimisme et d’humanité à l’ensemble. L’utilisation de l’environnement du cimetière comme toile de fond ajoute une atmosphère unique au récit, créant un contraste intéressant entre la mort et la vie.

« Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin est un roman qui marie habilement la beauté de la langue avec une histoire émotionnellement riche. Les personnages mémorables et l’intrigue bien construite font de ce livre une lecture inoubliable pour ceux qui apprécient les récits touchants et profonds. Je recommande vivement ce livre.

Avez-vous lu ce livre ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ?

Le billet Littérature – Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin (2019) est apparu en premier sur le blog de Sima78.

Littérature – Sarah Marquis

Littérature – Sarah Marquis

Habituellement je parle dans cette catégorie que de mes coups cœurs littéraires, ce ne sera pas le cas dans ce billet car j’ai lu deux de ses livres qui m’ont laissé deux appréciations distinctes.

Qui est Sarah Marquis ?
Sarah Marquis est une aventurière hors pair, connue pour ses expéditions en solitaire à travers des territoires sauvages et hostiles à travers le monde. Elle a passé une grande partie de sa vie à explorer des régions reculées et inaccessibles, repoussant les limites de l’endurance humaine. Malheureusement beaucoup moins médiatisé que d’autres aventuriers. J’ai une grande admiration et un immense respect pour ce qu’elle fait !

Sarah Marquis écrivaine

Elle a écrit plusieurs livres, je n’en ai lu que deux qui m’ont laissé deux ressentis différents. J’ai tout de suite fait abstraction du style qui pour moi (c’est subjectif) manque de profondeur, de nuance, d’originalité et de créativité. C’est un peu dur ce que je dis là, mais cela n’enlève rien à ses performances d’exploratrice. Je n’en ai donc pas tenu compte et m’en suis tenu aux stricts récits de ses aventures, puisqu’au final c’est cela qui m’intéressait, ce qu’elle fait, plus que la façon dont elle le raconte et étant « dys » il serait mal venu de ma part de ne pas avoir de tolérance.

Deux livres que j’ai lu.

Instincts de Sarah Marquis (2016) éditions Michel Lafon

Nous suivons Sarah dans le Kimberley Australien sur un périple qui a duré quatre mois (environ 800 km) en totale autonomie, c’est-à-dire sans vivres ni ressources, ce qui est une performance.

J’ai adoré ce livre où elle décrit les défis auxquels elle est confrontée, comme la pénurie d’eau, la chaleur écrasante, la solitude extrême, sa perte de poids mais aussi les moments de grâce et de connexion profonde avec la nature.

C’est une véritable exploration sur les capacités et les limites de l’endurance humaine. J’ai vraiment adoré et cela aurait pu être, il n’en était pas loin, un coup de cœur si le style y était.

Forcément j’enchaîne sur un second livre.

Sauvage par nature de Sarah Marquis (2014) éditions Michel Lafon

Un périple de trois ans de 2010 à 2013 sur 20 000 kilomètres, de la Sibérie en Australie. Très rapidement, dès la Mongolie, je m’interroge sur le comportement des hommes mongols :

Autre choc, et non le moindre : à chacune de nos rencontres impromptues et hasardeuses, les nomades se positionnent devant moi en fixant l’horizon pendant que leur main cherche l’organe génital sous leur ventre pour uriner. Il s’ensuit alors une interminable opération qui s’achève par de multiples secousses… C’est alors que leurs yeux quittent l’horizon pour se coller à moi, gluants et noirs. Durant toute cette scène, aucun mot n’est échangé. Je ne peux que rougir en pensant à la quantité de pénis que j’ai pu observer. Après des mois de « je descends de mon cheval pour uriner devant la femme qui marche », je me suis amusée à classer les organes de reproduction masculins par ordre de grandeur. Car ce rituel a fini par ne plus me gêner.

S’il s’agit d’un comportement récurent, il doit bien y avoir des traces sur web, cela sera forcément arrivé à d’autres femmes, je n’ai rien trouvé sur le sujet d’où mes interrogations, cela est vraiment arrivé ! Ou s’agit-il d’ajouter de la mésaventure à l’aventure ? Il n’y aura pas d’explication à ce comportement.

Elle marche seule, sans rechercher le contact avec les populations, leurs cultures… Au contraire elle les fuit au maximum, on se pose donc la question de sa motivation pour un telle périple, est-ce l’exploit pour l’exploit ? La description qu’elle fait des autochtones est pour la plupart très négative et n’inspire donc pas du tout au voyage. Elle balaie assez rapidement certaines parties de son parcours d’Asie ce qui donne certaines incohérences. Alors que son bivouac est inondé volontairement dans une rizière elle ajoute :

Il me faudra plus de dix jours pour faire sécher mon sac et mes affaires, la température ambiante étant de – 10 °C (50 °F) avec des pics jusqu’à – 17 ou – 20 °C (- 62 à 68 °F).

Alors là il manque des pages ou des explications, comment d’une rizière forcément à des températures positives se retrouve-t-on à de telles températures négatives ?

Bref, je me suis forcé à lire jusqu’au moment où elle prend le bateau pour l’Australie et c’est là que je lui ai lâché la main. Je ne suis pas allé jusqu’aux dernières pages.

Ce n’est pas parce que ma critique est sévère envers ce livre que je ne suis pas moins admiratif de ses performances. Vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé ce livre.

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Littérature – Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin

Littérature – Les oubliés du dimanche de Valérie Perrin (2017)

EAN : 9782253071167
416 pages
Éditions : Le Livre de Poche

Dans cette catégorie « Littérature », je ne parle que de mes coups cœur et depuis le dernier billet où je parlais du roman de Karsten Dusse fin janvier, j’ai lu treize livres et un seul coup de cœur, mais pas des moindres, « Les oubliés du dimanche » de Valérie Perrin.

L’histoire se déroule dans une maison de retraite où de nombreux résidents attendent leur dernier souffle, souvent négligés par leurs proches et la société. C’est là que nous rencontrons Justine, vingt et un ans, aide-soignante dévouée, qui décide d’écrire l’histoire de ces âmes oubliées du dimanche. Au fil des pages les vies des personnages se dévoilent, révélant des histoires de perte, de regret et de solitude, mais aussi de résilience, de bonheur et de rédemption.

Valérie Perrin nous présente des personnages authentiques et complexes. Chaque résident de la maison de retraite est décrit avec une telle précision et une telle humanité qu’ils deviennent immédiatement familiers, comme s’ils étaient des membres de notre propre famille. Leurs histoires sont profondément touchantes et captivantes, et on ne peut s’empêcher de s’attacher à eux. Elle explore également des thèmes universels tels que l’amour, la mort, la solitude et l’espoir.

« Les Oubliés du dimanche » de Valérie Perrin est un roman qui m’a touché au plus profond de moi-même. J’ai ri, il m’ a tiré des larmes et fait réfléchir. C’est une histoire bouleversante. Je recommande vivement ce livre.

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