Littérature – Antoine Des Gommiers

Antoine des Gommiers, août 2021
Antoine des Gommiers

Antoine Des Gommiers de Lyonel Trouillot

Actes Sud – janvier-2021
208 pages
ISBN : 978-2-330-14466-1

Un livre que l’on m’a conseillé. Je l’ai pris sans conviction, les arguments me laissaient perplexe, j’imaginais une sorte de biographie et ce n’est pas trop ma tasse de thé.
Et pourtant, ce fût une véritable surprise, il s’agit bel et bien d’un roman, riche en couleur, très bien écrit. Lyonel Trouillot à la merveilleuse idée d’alterner entre deux écritures.

Bien plus qu’une biographie d’Antoine Des Gommiers, c’est l’histoire d’une famille, d’une fratrie, d’amitiés, l’histoire d’un quartier de Port-au-Prince, un bidonville, ce que l’on appelle au Brésil « Favela » ici nommé « le Corridor ».

Qui est Antoine des Gommiers ?

Personnage légendaire, Devin et illustre Hougan, on vient de tous les lieux du pays pour le consulter, et même de plus loin, de pays étrangers. Avisé et écouté, Il reçoit indifféremment, mendiants, bourgeois de la Capitale, politiques, quelle que soit la couleur de peau. Sa légende est-elle surfaite ? Et qui peut tenter de restituer sa mémoire si ce n’est sa descendance ?

La descendance.

Franky et Ti Tony. Ils sont les fils de Hortensia, elle-même fille de Hortense (nièce d’Antoine des Gommiers). Hortense (décédée également) avait raconté toutes les anecdotes à sa fille Hortensia qui elle-même, la tête pleine d’anecdotes magiques, de souvenirs merveilleux se raccroche à ces échos d’un passé glorieux. Elle ne voit que par Antoine des Gommiers et l’interprétation de ses propres rêves qu’elle interprète dans l’espoir de gagner à la « borlette » (loterie) et sortir de sa condition. Ses deux fils sont bercés aux récits des exploits d’Antoine de Gommiers, bercé est ici une expression car Hortensia aux jambes frêles mais à la main leste distribue les claques, surtout sur Ti Tony, Franky étant son favori.

Au centre du récit, une fratrie.

Deux frères qui n’ont jamais connu leur père, qui se ressemble tant que l’on pourrait les confondre, mais la ressemblance s’arrête là, l’un rêveur, studieux, maladroit et asthmatique (qui deviendra paraplégique suite à chute depuis un toit), décide d’écrire les mémoires d’Antoine des Gommiers, l’autre, Ti Tony, plus terre à terre, débrouillard, magouilleur et entièrement adapté à l’atmosphère du Corridor. Différents et pourtant d’une complicité et d’une solidarité infaillible. Lors du décès de Hortensia – Il ne reste que nous deux !

Un livre écrit à deux voix, celle de Franky, racontant les exploits et anecdotes d’Antoine des Gommiers, parfois d’une écriture « ampoulée » dira un premier lecteur. L’autre voix, celle de Ti tony écrite de phrases courtes, sèches, pour décrire ce qu’il pense de la vision idéaliste d’Antoine des gommiers qu’en fait Franky, des phrases courtes et sèches pour nous dépeindre son environnement, celui du Corridor « pour durer le temps d’une jeunesse, il faut naître gangster ou pute« , une vie dur ou l’espoir n’a que très peu de place ou que le temps du tirage à la loterie, où jamais personne ne gagne avant de retourner à leur quotidien où « lorsque l’errance et la violence se querellent pour un bout de nuit, c’est toujours la violence qui gagne« .

Un livre que j’ai adoré !

Je viens de Là (BO LA VIE SCOLAIRE) – Grand Corps Malade

Littérature – Un hiver pour s’écrire de Angeles Donate (2019)

Un hiver pour s’écrire d’Angeles Doñate

309 pages (version Epub)

Éditeur : Calmann-Lévy (2019).

Je peux me passer de téléphone, d’ordinateur, d’ailleurs en vacance, je les utilise au strict minimum, j’emmène le pc pour regarder des films en cas de journées de pluies diluviennes et pour écouter nos playlist (je n’ai pas d’abonnement en ligne)… Je ne peux pas me passer de livres, ni d’écrire, ne serait-ce que des cartes postales. J’aime lire et écrire que j’explique dans un billet « Lettre manuscrite à l’époque du sms et du snapchat« . Alors quand je suis tombé par hasard sur ce livre…

J’ai exprimé mon engouement par deux fois, une par mail à un blogueur (qui se reconnaîtra peut-être), la seconde à un ami sur Signal par une formulation malheureuse, constat fait suite à la réponse sur Signal :

Moi : Je lis un bouquin top, tellement bien qu’il me colle aux doigts.
Réponse de l’ami : Tu lis un bouquin de boules ? 🙂 (sic)*

Non ! Rien d’érotique ou vulgaire, mais j’ai beaucoup ri à la répartie très spontanée.

Donc je reformule : lorsque j’ai ouvert ce livre, lus les premières lignes, il m’a accaparé immédiatement, un véritable « page-turner*« .

L’histoire :
Dans un village d’Espagne, Sara, la factrice, est menacée d’une mutation à la capitale entraînant la fermeture de la poste au prétexte que les gens ne s’écrivent plus, ou n’aiment pas écrire… Une personne lance pour sauver cet emploi et la poste du village une chaîne épistolaire…

Petit passage :

« Le sort de Sara, une femme que nous aurions pu être toi ou moi, est en danger. Tu l’as peut-être déjà croisée : c’est notre postière. Elle a grandi ici et ses trois petits courent aussi partout dans le village. La vie n’a pas été tendre avec elle, mais elle a toujours un sourire pour celui qui en a besoin. Figure-toi que ses chefs veulent la transférer loin de son foyer. Porvenir va se retrouver sans facteur, soi-disant parce qu’on n’aimerait pas écrire ni recevoir des lettres. Voilà ce qu’ils racontent à la capitale. Quel culot ! Je ne t’embêterais pas avec tout ça s’il n’était pas en ton pouvoir d’aider Sara et notre village. Comment ? C’est très simple, fais comme moi, écris une lettre. Longue ou courte, bien ou mal rédigée, ça n’a aucune importance. Après, tu l’envoies à une femme du village parce qu’elle comprendra à quel point c’est dur d’élever des enfants loin de ses proches. Même si tu ne la connais pas, partage avec elle quelques instants de ta journée. Construisons toutes ensemble une chaîne de solidarité si longue qu’elle ira jusqu’à la capitale et si solide que là-bas, personne ne pourra l’interrompre. »
(…)
Je n’attends pas de conseils de votre part, même si j’aimerais tant en recevoir. Ni une réponse. Cela fait partie du marché. Il n’y a pas de nom d’expéditeur, la chaîne va toujours de l’avant. Je vous en prie, ne la brisez pas.
(…) »

N’allez pas croire que le livre s’en tient qu’à la chaîne épistolaire même s’il s’agit de l’un des fils conducteurs, il ne s’agit pas d’un recueil de lettres.
On y trouve plusieurs protagonistes, tous différents, chacun avec son histoire, sa vie et pourtant quelque chose les uni. Est-ce cette chaînes ? Ce village ? Leurs histoires ?

A travers les lettres de la chaîne que l’on écrit à un inconnu, ou pas, mais sous couvert d’anonymat (sommes-nous toujours anonymes ?) chacun se lâche, se met à nu, sur ses passions, ou ses travers, ou ses rêves, ou ses malheurs, ou encore ses regrets… Des brides de vies et en parallèle le quotidien des protagonistes, de la vie du village qui continue avec les histoires d’amour, de malheurs, bref, la vie de tous les jours, notre vie à chacun.

Cette chaîne sauvera t’elle l’emploi de Sara, la poste ? Sera t’elle destructive ou initiatrice de projets ? Je ne vous raconte pas la fin.

Ha j’oubliais, et pourtant cela à son importance, la poésie ! Elle est omniprésente tout long de ce roman, car il s’agit bien d’un roman.

Je ne suis pas un bon critique et je ne sais pas si je vous ai convaincu de lire ce livre qui pour moi fut un véritable coup de coeur. Mais si vous aimez les histoires du commun des mortels, de la vie d’un village, l’épistolaire, la poésie tout y est réuni.

Après ce livre, je n’ai qu’une envie ! Ressortir mon stylo plume calligraphique, un joli papier et écrire à ceux que j’aime… Je choisirai une belle enveloppe et un joli timbre.
Un livre qui vous embarque !

* Juste une précision concernant cette réponse sur Signal, mes amis savent que j’aime troller, alors on ne me rate pas à la moindre occasion 😉

*page-turner : l’origine vient de celui qui tourne les pages de la partition pour un musicien. Mais dans le monde littéraire cette expression anglophone à pris un nouveau sens que l’on pourrait interpréter de la façon suivante : un livre captivant que l’on ne peut lâcher qu’au point final. Dans le monde de l’édition, un « page-turner », est un livre en phase de devenir, ou est déjà, un best-seller tant il a su captiver ses lecteurs par une lecture boulimique de l’oeuvre.